Langues, apprentissages et vieillissement…

Je reviens une fois encore sur le sujet du vieillissement (suite au post «  Vieillir en forme, comment ? ») et tout particulièrement celui de nos capacités cognitives. Il y a quelques temps, j’évoquais la notion de « réserve cognitive » dans un post consacré à la maladie d’Alzheimer : ce qu’il faut retenir des dernières études épidémiologiques, c’est que certes le nombre de cas augmente (à cause du vieillissement de la population) mais la prévalence (la proportion exprimée en pourcentage) diminue et ce, depuis une trentaine d’année !
La raison avancée est liée à la plus grande stimulation cognitive (éducation …) car il semble bien que le cerveau soit capable de lutter et de résister aux effets de la perte neuronale d’autant plus s’il est soumis à des activités stimulantes. Quelques exemples ont été évoqués dont celui de l’apprentissage des langues étrangères : un sujet que nous avions également évoqué ici (Apprendre les langues, pour quoi faire ?), il y a quelques temps. Des tas d’études ou méta-analyses comparant des groupes d’enfants (de toutes nationalités) étudiant ou non une langue étrangère montrent que l’apprentissage des langues a de nombreux impacts sur le fonctionnement intellectuel avec les aspects positifs qui en découlent.
Des études publiées depuis plusieurs dizaines d’années le confirment. Cette synthèse de 2005 [1] fait le point :

 » In addition to the simple advantage of learning a foreign language, second language study inereases a child’s cognitive abilities, enhances achievement in other subjects… »

Ces résultats sont intéressants mais reposent surtout sur les effets de l’apprentissage d’une langue sur le cerveau d’enfants. Que sait-on exactement sur l’effet de ce type d’apprentissage sur le cerveau d’adultes voire d’adultes vieillissants ?

Déclin cognitif et expériences stimulantes

Le déclin cognitif lié à l’âge concerne différentes fonctions : perte de mémoire (notamment la mémoire épisodique), vocabulaire plus limité, fluidité verbale diminuée, vitesse de traitement de l’information réduite… Ces déficiences résultent en grande partie de changements dans des processus neurobiologiques et d’altérations anatomiques (réduction de la densité de la matière blanche et du volume de matière grise).

Pourtant certaines personnes parviennent à lutter contre le déclin cognitif malgré la présence d’altérations : ceci est lié à une plus grande réserve cognitive. En fait, des expériences riches et stimulantes favorisent la neurogenèse et des changements dans la morphologie des dendrites ainsi la connexion neuronale est décuplée ce qui permet au cerveau de mieux supporter les déficits liés à des parties endommagées.

Apprendre une langue étrangère

Des études ont montré que les adultes qui parlent deux ou plusieurs langues ont tendance à obtenir de meilleures performances à différentes tâches cognitives et présentent lors de leur vieillissement un déclin cognitif moins prononcé. Tout simplement parce que leur réserve cognitive était importante. Cet avantage cognitif est de plus corrélé à des bases neurologiques (un meilleur maintien de la structure de la matière blanche) [3] [5].

Pourquoi ?
L’apprentissage d’une langue met en jeu un réseau de neurones très étendu et de nombreuses processus cognitifs sont impliqués : travail de la mémoire, raisonnement inductif, discrimination de sons, capacité à passer rapidement d’une tâche à une autre, apprentissage de règles, travail de la mémoire sémantique. En effet, il s’agit d’apprendre de nouveaux sons (contrastes phonologiques), de se focaliser sur un travail de compréhension, de mémorisation de mots, de mise en correspondance du « son » et « sens », d’étude de la syntaxe,… tout cela requiert bel et bien l’activation de différentes zones du cerveau.

A l’âge adulte
La question de savoir si commencer cet apprentissage à l’âge adulte est tout aussi efficace, est légitime. Il semble bien que la réponse soit positive : un entraînement démarré à l’âge adulte est effectivement associé à un changement de structure cérébrale. Une étude de 2012 [4] réalisée sur de jeunes adultes suédois a par exemple montré qu’après 3 mois d’entraînement intensif à la pratique d’une langue étrangère, le volume de la matière grise dans les zones dédiées au langage augmentait. Une certaine plasticité a aussi été observée dans l’hippocampe et le gyrus temporal supérieur.

Cas des personnes âgées
Même le cerveau de personnes plus âgées est plastique, il y a donc tout lieu de penser qu’apprendre une langue chez les seniors est tout aussi bénéfique, non seulement pour améliorer les fonctions liées au langage mais également les autres fonctions cognitives [2]. Peu de recherches ont été spécialement lancées sur cette tranche d’âge mais on a de bonne raisons de penser, sur la base des études sur le vieillissement et sur l’apprentissage des langues, que les effets sont bénéfiques.
Dans tous les cas, l’apprentissage est assez variable selon le profil de chaque individu (notamment son âge : on ne s’investit pas de la même manière dans une langue en étant enfant qu’en étant adulte). Il est donc primordial que pour maximiser les bénéfices liés à la pratique d’une langue étrangère, l’entraînement soit taillé « sur mesure » afin de tenir compte du profil de chacun.

En synthèse 
Des études ont bien été menées sur ces aspects, et il s’avère que s’investir dans des programmes dédiés à l’apprentissage d’une langue étrangère soit une solution pour développer la réserve cognitive. En effet, apprendre une langue sollicite un réseau de neurones étendu au sein du cerveau, un réseau qui touche entre autres certaines régions « en déclin » lorsque les maladies liées à l’age s’installent.
Maintenant, un gros travail reste néanmoins nécessaire pour confirmer qu’une telle stimulation à un âge avancé permette de lutter efficacement contre les effets des maladies neurodégénératives liées à l’âge.
Retenons en tous cas, que ce soit chez les enfants, adolescents ou jeune adultes, les résultats sont là et qu’un programme adapté à chaque profil est nécessaire.
Il n’est pas forcément évident de s’y retrouver dans les multiples offres présentes sur le marché : cours ou séjours linguistiques. Vous pouvez néanmoins consulter Linguago, un portail dédié où il est possible de choisir et réserver facilement un cours de langues en choisissant parmi de nombreuses destinations.

Références

1- Stewart J. H., « Foreign Language Study in Elementary Schools: Benefits and Implications for Achievement in Reading and Math », Earlv Childhood Education Journal, Vol. 33, No. I, 2005

2- Antoniou M., et al., »Foreign language training as cognitive therapy for age-related cognitive decline: A hypothesis for future research », Neurosci Biobehav Rev.  Vol 37(10 0 2): 2689–2698, 2013

3- Luk G, Bialystok E, Craik FIM, Grady CL. « Lifelong bilingualism maintains white matter integrity in older adults », J Neurosci. Vol 31:16808–16813, 2011

4- Mårtensson J, et al., « Growth of language-related brain areas after foreign language learning », NeuroImage  vol 63:240–244, 2012

5- Guzmán-Vélez E., Tranel D., « Does Bilingualism Contribute to Cognitive Reserve? Cognitive and Neural Perspectives », Neuropsychology. 29(1): 139–150, 2015

2 comments for “Langues, apprentissages et vieillissement…

  1. Cathy Sergent
    28/02/2017 at 12:00

    Un article vraiment très intéressant,
    Est-ce seulement le fait d’apprendre une langue étrangère ou y a -t-il des recherches sur le réapprentissage des personnes âgées vers leurs langues maternelles oubliées ou peu utilisées, ou la pratique des chants traditionnels? le fait d’avoir un but précis ou une attente réelle joue-t-il un rôle?
    Je vous remercie
    Bonne journée

    • 28/02/2017 at 19:04

      Le fait d’apprendre une langue étrangère sollicite vraiment de nombreux réseaux de neurones imbriqués dans diverses régions du cerveau ce qui explique son efficacité dans la stimulation cognitive.
      Maintenant, je n’ai pas lu d’études qui évoquaient le fait de retrouver une langue « oubliée » mais il y a fort à parier que le résultat doit être du même type avec, comme vous le soulignez, une motivation peut être encore plus forte (le besoin de retrouver ces racines) !
      Alors oui, ce qui ressort des études est que la motivation joue beaucoup…parce qu’en effet, l’effort pour parvenir à ses fins sera décuplé et la plasticité cérébrale qui l’accompagne sera optimisée.

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