Des contes et de la science

Auriez-vous pu l’imaginer, au sein d’un même ouvrage, de la science et des contes ?
Non, restons sérieux, comment faire cohabiter des domaines aussi diamétralement opposés ? Les contes font partie du fabuleux, du surnaturel, de l’imaginaire et tout y est possible : personnages aux super pouvoirs qui défient les lois de la physique, objets inanimés qui peuvent prendre vie. On les aime ces contes justement pour tout cela, parce qu’ils nous offrent une sacrée belle opportunité de nous évader en concrétisant nos rêves les plus fous : n’avez-vous jamais eu envie de vous déplacer en tapis volant ? (au moins pendant l’enfance ?).
La science au contraire est entièrement ancrée dans la réalité, elle cherche avec méthode et application à expliquer les mécanismes et les lois de la nature, du monde qui nous entoure rendant ainsi possibles des modélisations et prédictions relativement fiables (autrement que par une boule de cristal)… Pas question de s’appuyer sur des hypothèses farfelues ou d’élaborer de nouvelles lois (sauf si elle sont démontrées ou invalidées après un processus scientifique).
Sauf que voilà, la science a parfois mauvaise presse. On la trouve compliquée, rébarbative, réservée à un petit nombre d’élus, trop éloignée de la vie quotidienne. Bref, coupler les deux domaines paraît être un grand challenge mais il a brillamment été relevé par Philippe Boulanger, écrivain scientifique, et fondateur de la revue Pour la Science. Son ouvrage « Les mille et une nuits de la Science« , aux Editions Belin, permet d’amener la science vers ceux qui la jugeraient plutôt négativement ou qui penseraient qu’elle ne fait pas rêver ou vers ceux déjà convaincus de sa beauté et de son utilité en fournissant toute une palette d’exemples amusants.

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Alors bienvenue dans la culture perse et côtoyons les personnages des mille et unes nuits : Aladin, Shéhérazade, les djinns, les fakirs et parcourons les sciences avec de grandes figures comme Darwin, Mandelbrot, Heisenberg, Euler, Poincaré, Einstein, Kepler…

Le principe est simple : sur la base d’un conte autour d’une intrigue, d’une question du roi CHahzamane, d’un voyage dans le temps ou à proximité d’un trou noir (et ben oui on a le droit dans le domaine du fabuleux) On plonge dans l’univers des mathématiques, de la physique, des grandes théories… et Shéhérazade ne manque pas de mettre en avant des applications concrètes, de rendre hommage à des scientifiques ou même des philosophes célèbres, d’élargir à d’autres secteurs les résultats obtenus dans un domaine particulier.

Voici quelques exemples plus concrets.

Un petit tour du côté des mathématiques

On y évoque bien sûr
les chiffres qui permettent de coder des messages ou des livres entiers (un gain de place à la clé pour le roi Chahzamane !),
la géométrie autour de π pour calculer la quantité d’argent pour recouvrir la surface des plateaux du roi et la quantité d’or pour les cercler ou autour des fractales pour mesurer la longueur d’une côte,
les probabilités qui indiquent comment savoir en étant sur un chemin (choisi parmi d’autres possibilités) s’il est le plus long ou le plus court ? focus sur la loi Pareto,
la logique et les paradoxes qui secouent le cerveau (le paradoxe du pendu décliné ici en une histoire de choix de bague ou le paradoxe du voyageur spatio-temporel),
la topologie avec la théorie des nœuds parce que le roi se met à les collectionner : comment transformer un cercle de corde en un nœud élaboré ? Comment passer d’un nœud à un autre ? Et ça mine de rien, c’est super important, parce que la théorie des nœuds a envahi de nombreux domaines : celui de la biologie pour expliquer l’ADN, les conformations d’un polymère (ce qui change ses propriétés) et la chimie pour la fabrication des molécules nouées…

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Illustrations du livre par Bruno Vacaro

Un petit tour du côté de la physique
On y parle cristallographie au détour d’un diamant qu’il convient de couper de façon optimale pour satisfaire le roi.  Puis des exemples sont présentés sur des phénomènes de transfert de chaleur : pour optimiser l’évacuation de chaleur d’un bédouin ou mieux se refroidir près d’un point d’eau ou percer à jour les secrets d’un fakir qui se prépare à marcher sur un lit de braises.

Un petit tour du côté des grandes théories

Parler science sans évoquer les grandes théories présenterait des lacunes certaines. Alors c’est parti pour un petit tour en tapis volant et des expériences spatio-temporelles. On va pouvoir se déplacer aussi vite que la lumière : oups, le temps s’écoule plus lentement ! On va pouvoir s’embarquer avec le prince Djirdjis et s’approcher d’un trou noir pour admirer des rayons lumineux qui tournent autour et déchirent l’horizon et le temps qui s’inverse.

L’avantage de ce type de voyage est aussi de pouvoir observer l’évolution des espèces, des dinosaures jusqu’aux oiseaux en passant par la disparition de ces mastodontes suite au passage d’une météorite.

Bref, voilà un chouette ouvrage à laisser entre toutes les mains pour découvrir ou redécouvrir la science. Vous pouvez vous le procurer sur la boutique Science et Vie.

Une autre présentation de cet ouvrage, sur le café des sciences, chez Ludmilla Science

2 comments for “Des contes et de la science

  1. Jean de Toulouse
    10/05/2016 at 09:59

    Il a l’air bien sympathique ce bouquin 🙂
    La description me fait penser au roman du mathématicien Denis Guedj, « Le Théorème du Perroquet », ou l’auteur utilise une histoire pour distiller agréablement l’histoire des mathématiques.

    • 16/05/2016 at 07:46

      Encore un bouquin de ma bibliothèque qui m’attend depuis longtemps. Merci, cela va me motiver à m’y mettre rapidement.

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