Balade Nature

Quoi de mieux qu’une chouette balade en campagne pour se ressourcer, stimuler ses sens et apprendre à regarder la nature d’un autre œil ?
C’est chose faite pour moi, avec un guide Nature, le 28 juin dernier, dans les Weppes, ma campagne environnante : une sortie organisée par l’Office du Tourisme de l’Armentiérois et des Weppes au départ de Fournes en Weppes.
C’est parti pour une balade à la découverte des « sauvages » et notre guide est là pour apprendre aux néophytes que nous sommes, à considérer tout ce beau monde d’un autre œil !

On commence la balade tout doucement en écoutant les oiseaux.
On les entend gazouiller à cette époque de l’année mais notre guide aime à nous rappeler les différentes fonctions du chant. Evidemment ce qui vient le plus vite à l’esprit et qui trouve écho dans la littérature scientifique : le pic d’activité des chants est lié à la reproduction, car le mâle séduit la femelle par son chant ! Mais une des autres fonctions du chant est que les notes produites par le mâle ont un effet sur le comportement reproductif de la femelle et ce, pour bon nombre d’espèces. Des expériences ont montré que certaines femelles augmentent par exemple leur activité de construction de leur nid à l’écoute du chant de mâles. Et les femelles choisissent leur mâle en fonction de leurs chants : certaines préfèrent les mâles qui chantent beaucoup ou qui chantent longtemps ou qui chantent des motifs particuliers !

C’est le long des trottoirs que débute notre observation : elle se dresse là avec ses feuilles épineuses et sa couleur pâlichonne, il s’agit de la laitue épineuse ou laitue scariole, de la famille des astéracées … Depuis toujours, on n’y prend pas garde voire on la rejette et pourtant, c’est l’ancêtre de notre laitue cultivée !

La laitue épineuse

Fleurs de tabac

Un peu plus loin, on s’arrête sur de drôles de fleurs tubulaires blanches. C’est rigolo, c’est la première fois que j’en vois : du tabac, de la famille de solanacées (Nicotiala tabacum) ! Il faut dire que les derniers champs de tabac ici à Fournes-en-Weppes ne remontent qu’à quelques années seulement en arrière. Ici c’est du tabac d’ornement, et il peut monter plus haut jusqu’à 1 m 50.  Ces fleurs en trompette conviennent parfaitement aux papillons bien équipés avec leur trompe longue et enroulée pour aller butiner dans des fleurs profondes. La nicotine, la drogue qu’on connaît malheureusement bien, est produite au sein des racines et se retrouve dans toute la plante et c’est une molécule destinée à repousser les prédateurs ! C’est en faisant sécher les feuilles, que l’industrie (ou par voie artisanale) transforme la plante pour la consommation humaine.

Et si on évoquait le pissenlit (trop souvent considérée comme une mauvaise herbe, mais elle est très utile je vous en avais déjà parlé ici)? De la famille des astéracées, la fleur est en effet très prisée par toutes sortes d’insectes. C’est normal, elle est très riche en nectar et en pollen, et elle récolte même les meilleures notes sur le classement des plantes nectarifères et pollinifères.

Pissenlit, qu’on ne présente plus

Pour continuer sur la voie des « mal aimées », un petit détour du côté des orties. C’est une plante rhyzomateuse (des « tiges » ou rhizomes passent sous terre et finissent par s’enraciner et redonner une plante fille, c’est de la reproduction végétative, asexuée).
On la craint surtout pour ses poils très urticants, ce sont de vrais petits tubes de verre avec ampoule (en silice) qui se brisent à la moindre friction.

Les poils d’ortie vus de près

De nombreux papillons pondent leurs œufs sur l’ortie et c’est même la plante hôte pour le papillon paon du jour ou le vulcain.
Plus loin sur notre route, encore un plante fleurie de la famille des astéracées. On parle aussi de fleurs composées, car ce qui ressemble à première vue à une fleur est en fait une multitude de petits fleurs réunies en capitules et les insectes l’ont bien compris. Bref, celle-ci est la matricaire ou encore « la camomille sauvage ». Il y a donc des fleurs « blanches » en périphérie pour attirer l’insecte pollinisateur et les fleurs jaunes centrales à polliniser.

La matricaire

Un classique aussi parmi les « sauvages » mal aimés, j’ai nommé « le plantain ». Ici, le plantain lancéolé et ses classiques petites fleurs blanches en forme d’épi et ses feuilles en forme de fer de lance.
Il a de cela de particulier, qu’il est hermaphrodite (mâle et femelle) et qu’il possède de sacrées vertus médicinales. Il a en effet d’intéressantes propriétés cicatrisantes, antiseptiques et anti-inflammatoires : en frottant ses feuilles, la substance obtenue permet de soulager les douleurs liées aux brûlures, morsures, éraflures, piqûres d’insectes, voire celles de sa voisine l’ortie ! C’est bon à savoir.
Et puis, les tiges fournissent des fibres, voire de fins fils, qui semble-t-il auraient même été utilisés par les soldats de la guerre afin de suturer les plaies ! Incroyable ? Véridique, je ne sais pas.

Du « fil » élastique extrait du plantain

Plantain lancéolé

Feuille de plantain lancéolé

Comment ne pas évoquer dans une balade Nature, la plante messicole (ou fleur des champs) par excellence, à savoir le coquelicot !

Bouton floral de coquelicot en cours d’éclosion

C’est une ressource très intéressante pour de nombreux pollinisateurs. Leurs graines enfouies dans le sol peuvent rester en dormance pendant de longues années, puis le travail de l’agriculture leur permet d’assurer leur cycle de vie car la graine a besoin de la lumière du soleil pour germer. Donc trop en profondeur, la dormance peut être longue !

Fleur de coquelicot épanouie

Plus loin sur nos chemins, un peu plus à l’ombre, nous croisons le géranium sauvage ou « cerfeuil sauvage » à cause des ses feuilles découpées, ou encore l' »Herbe à Robert » (l’une des explications est que « ruber » en latin signifie « rouge », couleur souvent présente dans les tiges)

Geranium sauvage

Les feuilles froissées dégagent une odeur nauséabonde, due aux essences aromatiques permettant de repousser les herbivores et éventuellement des moustiques, ce qui peut toujours nous être utile.
Les fruits sont aussi assez jolis et de forme bien particulière qui évoque le bec d’un oiseau (cette plante est d’ailleurs aussi souvent désignée comme « bec de grue »). Cette forme élancée permet d’éjecter la graine très loin – à plus de 2 m – afin d’assurer une diffusion efficace.

Fruits en bec de grues de l’herbe à Robert

Un petit mot sur les arbres ?

Nous voilà à proximité d’arbres comme l’aulne glutineux (parfois appelé Orne) qui est réputé pousser en sol humide. Il pratique un truc assez dingue : grâce aux bactéries présentes dans les nodosités de ses racines,il transforme l’azote de l’air (N2) en azote minéral directement utilisable par la plante… Bref, une opération pas facile à réaliser mais la symbiose relève parfaitement le challenge (et dont nous avions déjà parlé dans le cadre de la culture du petit pois).

Les feuilles de l’aulne glutineux sont poisseuses

On évoque aussi le cas du frêne ! Dans le Nord de la France, les frênes sont décimés par un champignon pathogène (le Chalara fraxinea) qui leur donne la chalarose : la maladie du flétrissement du frêne. Une maladie qui progresse très vite et pour laquelle il n’y a encore à l’heure actuelle, aucune solution d’éradication.

Terminons cette belle promenade par la présentation de quelques autres plantes. La Tanaisie commune (encore de la famille des astéracées) arbore de jolies petites fleurs jaunes très lumineuses et d’une longue durée de floraison.

Tanaisie commune (famille des Astéracées)

Les feuilles finement découpées dégagent quand on les frotte un parfum assez fort rappelant le camphre.
Les pollinisateurs se régalent. Ici une abeille mellifère.

Abeille mellifère

Là, un papillon myrtil !

Papillon Myrtil

Mais la plante est toxique lorsque consommée en grande quantité. Elle peut provoquer des diarrhées chez le cheval, mais généralement celui-ci ne s’y intéresse pas !

La scrofulaire noueuse (Scrophularia nodasa) est un peu moins connue du promeneur. Il s’agit d’une plante aux hautes tiges rigides à section carrée mais aux toutes petites fleurs en forme de grelots. Elle a également des propriétés anti-inflammatoires.

La scrofulaire noueuse et ses tiges à section carrée

Petites fleurs de la scrofulaire noueuse

En un mot, un monde fascinant à nos pieds où chacun a pu se pencher : notre guide a partagé sa passion pour les formes, les couleurs, les parfums, il a éveillé notre intérêt, a stimulé notre envie de contempler et ça fait drôlement du bien. C’est normal et c’est prouvé par les neurosciences (lien).

Références :
Riebel K., et al. « New insights from female bird song: towards an integrated approach to studying male and female communication roles », https://doi.org/10.1098/rsbl.2019.0059

 

 

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