Qualité de l’air et allergies : un point

Le 17 septembre dernier, veille de la 5e journée nationale de la qualité de l’air, l’Institut Pasteur de Lille invitait le grand public à participer à des rencontres et des ateliers d’échanges sur la thématique des maladies allergiques et inflammations pulmonaires.

Trois interventions intéressantes ont permis de délivrer plusieurs messages forts auprès d’un public sensible aux questions de pollution de l’air et ses conséquences sur la santé.

Aurélie Deléglise, de l’INSERM, nous parle de l’asthme et de la pollution. Une vidéo est diffusée et rappelle que l’asthme a pour origine une inflammation des bronches et se manifeste par une toux, des sifflements et une gêne pour respirer. En cas de très forte crise, les bronches trop épaissies ne permettent plus le passage de l’air ce qui peut bien sûr être fatal : on déplore 1500 décès par an, en France et la maladie touche environ 10 % des enfants.

Il est à noter que la maladie est en forte progression depuis les années 2000 et que 80% des cas d’asthme sont d’origine allergique. Aurélie Deléglise, explique cela par plusieurs facteurs : les meilleures conditions d’hygiène, l’usage plus massif des antibiotiques et l’augmentation de la pollution de l’air. Elle rappelle ainsi, que les enfants vivant en campagne, notamment à la ferme au contact des vaches ont beaucoup moins d’allergies. Plusieurs études ont été publiées à ce sujet.

Grains de pollen observés au MEB

Quant aux polluants particulaires présents dans l’air, ils exercent un effet exacerbateur sur l’asthme, surtout les particules ultra-fines capables de capter les allergènes (acariens, pollens, graminées) et de les concentrer. La réaction d’une personne sensible sera alors d’autant plus forte.
Concernant le pollen, face au réchauffement, on assiste à une modification de la répartition d’espèces végétales, ce qui engendre une tendance à la concentration de pollen. Par ailleurs, il semble que la pollution de l’air joue un rôle dans l’allergénicité des pollens. Il faut donc comprendre comment les polluants gazeux et particulaires peuvent modifier les pollens, les rendant plus allergisants et comment s’opère la dispersion des allergènes. Plusieurs équipes de recherches se concentrent sur ce sujet (nous en avions parlé ici).

Hacia est CMEI (Conseillère médicale en environnement intérieur) nous présente ensuite l’APPA, l’Association pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique et les missions qui lui sont confiées. La conférencière met particulièrement en avant la pollution de l’air intérieur très impactante pour les personnes asthmatiques ou sensibles. L’association permet, sur demande du médecin traitant, d’établir un diagnostic de votre habitat et de repérer les voies d’amélioration sur la qualité de l’air intérieur.

Un acarien vu au MEB : ce sont ses déjections et les morceaux de carapace qu’il dissémine, qui sont allergisants.

Les allergènes de nos habitations sont en effet partout : les plantes, les literies, les moquettes, les zones humides… On parle donc beaucoup des moisissures, des acariens, des pollens, des produits d’entretien, du tabac, des parfums d’ambiance … et plusieurs conseils sont délivrés. On n’insistera jamais assez sur la nécessité de l’aération du logement, pratique capitale mais trop peu répandue et sur l’intérêt de rester bien informés : connaître les périodes critiques pour les émissions de pollen dans la région, lire les étiquettes des produits ménagers… pour éviter les erreurs ou les pratiques à risques !

La dernière intervention était celle du professeur Régis Matran, pneumologue au CHU de Lille avec des conseils, très attendus, sur les traitements des allergies. Que faut-il savoir ?
La première des règles pour éviter la crise est bien sûr l’éviction, et pour cela, les règles d’hygiène sont rappelées. Il est important pour les personnes sensibles, mais aussi les autres, de se laver le nez régulièrement (au sérum physiologique).

Les traitements qui interviennent commencent par la prise d’antihistaminiques (le traitement de base), par la bouche, puis les corticoïdes seuls, puis la combinaison des deux. Enfin, le professeur Matran évoque la rhinite allergique accompagnée de sinusites qui doit inciter à réaliser un bilan ORL et peut évoquer un problème de cloison nasale déviée, qu’on peut corriger. Le mot de la fin restera néanmoins, non sans humeur, pour la promotion du lavage nasal !

Références :

Dossier de l’Institut Pasteur de Lille sur la question (air, pollution et santé)

Michael Guarnieri, MD and John R. Balmes, MD, « Outdoor air pollution and asthma », Lancet. 2014 May 3; 383(9928): 1581–1592.

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