Quelles pathologies liées au COVID-19 ?

A ce jour, le chiffre officiel du nombre de personnes touchées par le Covid-19 est proche des 3 millions. Face à ces nombreux cas, les scientifiques et médecins commencent à avoir une vision plus précise des effets du virus. Il s’agit donc pour eux de chercher à comprendre les mécanismes impliqués pour expliquer les dégâts provoqués au fur et à mesure que le virus progresse au sein des cellules de l’organisme du patient touché.

Alors, nous, grand public, entendons souvent parler des complications pulmonaires mais le SARS-CoV2 peut également toucher le cœur, les vaisseaux sanguins, les reins, les intestins et le cerveau.
Parfois, on évoque aussi une réponse immunitaire trop vive qui serait à l’origine de la dégradation rapide de la santé du malade. Qu’en est-il exactement ? Que sait-on à l’heure actuelle ?
Le dernier numéro de Science (24 avril 2020) aborde ces questions.

Quel est le cheminement du virus en phase d’attaque ?
Lorsqu’une personne inspire de l’air ou des gouttelettes où siège le virus, ce dernier trouve dans les fosses nasales un terrain d’accueil propice à l’infection : le revêtement interne est en effet riche en récepteurs ACE2 (la serrure à laquelle la clé du virus SARS-CoV-2 s’accroche et se lie -la protéine S-, relire ce précédent billet).
Ces récepteurs qui servent normalement à réguler la pression artérielle sont présents dans tous les tissus touchés par l’infection…
Une fois dans la sphère ORL, le virus prend le contrôle des cellules hôte en utilisant leur machinerie pour se reproduire : le patient ressent alors quelques symptômes tels que la toux, la fièvre, la perte de goût, des maux de tête ou bien, cela peut passer complètement inaperçu. Le système immunitaire est en plein travail et généralement il prend le dessus.

En cas d’échec du système immunitaire
Dans ce cas de figure, le virus poursuit sa progression et atteint les poumons où au fond des alvéoles, il rencontre là encore des récepteurs ACE2.
S’y déroulent alors de vives batailles « virus/entités immunitaires » mettant à mal les parois des alvéoles ce qui perturbe le transfert d’oxygène vers le sang d’où la détresse respiratoire.
De plus, les globules blancs et compères relarguent des molécules inflammatoires, les cytokines qui sont des signaux chimiques permettant de faire appel à d’autres entités du système immunitaire en charge de détruire purement et simplement les cellules infectées… On a donc production de mucus, d’un fluide inflammatoire riche en cellules mortes et on comprend que l’oxygénation soit plutôt perturbée : ce sont là les manifestations de la pneumonie.

Les alvéoles sont submergées de cellules immunitaires, de fluide inflammatoire, de mucus : la capture de l’oxygène est entravée

Il arrive que la production de cytokines soit vraiment trop forte, ce qui peut endommager les tissus sains et explique qu’on parle parfois d’emballement de la réponse immunitaire.
Certaines des thérapies testées visent donc à limiter cette teneur en cytokines, mais en cherchant à bien doser l’effet pour ne pas entraver les processus immunitaires qu’elle déclenchent.

Des effets cardiovasculaires
On sait que la maladie provoque chez certaines personnes des effets sur le cœur : une véritable atteinte du myocarde « mesurable » par une augmentation de la protéine « troponine » dans la circulation sanguine. Cette molécule est impliquée dans la régulation de la contraction des fibres musculaires et sa présence en trop grande quantité dans le sang traduit la nécrose de cellules cardiaques (la mort de ces cellules libèrent la molécule).
Ni le mécanisme d’attaque ni le cheminement du virus jusqu’au cœur n’est encore compris mais ces pathologies cardiaques ne sont pas non plus surprenantes dans la mesure où les tissus cardiaques sont également riches en récepteur ACE2.

Des effets sur la coagulation sanguine ont également été observés et sont décrits dans plusieurs publications scientifiques. La fluidité du sang semble effectivement affectée ce qui se traduit par la formation de caillots sanguins lorsque le virus s’attache aux récepteurs ACE2 présents à la surface interne des vaisseaux.

Formation de caillots : augmentation des risques d’embolies et d’AVC

Les caillots peuvent se détacher et aller boucher une artère pulmonaire (Embolie) ou un vaisseau cérébral (risque d’AVC).
L’infection peut aussi se traduire par la réduction de taille d’un vaisseau sanguin : c’est l’ischémie au niveau des doigts ou des orteils.
Si le virus cible la circulation sanguine, cela peut aussi expliquer la raison pour laquelle les personnes qui ont déjà des pathologies liées à la circulation sanguine (hypertension par exemple) soient plus sensibles au virus. Ainsi les facteurs de risque sont plus vasculaires que respiratoires.
Malheureusement, les mécanismes qui permettent de comprendre l’enchaînement des phénomènes pour que le virus SARS-CoV-2 parvienne à toucher les vaisseaux sanguins sont également encore incompris.

Des effets sur le cerveau
Des récepteurs ACE2 sont présents au niveau du cortex et du tronc cérébral, le virus peut donc théoriquement s’y lier. Effectivement, plusieurs hôpitaux rapportent des pathologies qui prouvent que le cerveau est touché chez certains patients : des attaques, des syndromes convulsifs, des encéphalites et pour d’autres la perte de goût et d’odorat.
Des consortiums se mettent en place afin de recouper les données neurologiques d’un grand nombre de patients : le but est d’obtenir une photo la plus fidèle possible de la prévalence de ces complications et voir comment s’en sortir.
Pour l’instant, là non plus, on ne sait pas très bien expliquer le cheminement du virus jusqu’au cerveau. Certains scientifiques avancent précautionneusement quelques hypothèses. Il pourrait s’acheminer jusqu’au cerveau à partir du nez en passant par le bulbe olfactif !

D’autres pathologies
Des cas de diarrhées sont également liés à l’infection par le virus.
En effet, l’épithélium intestinal est riche en récepteurs ACE2 ce qui fait que c’est une zone également touchée par le coronavirus.

Enfin, des cas de conjonctivites, et d’affections hépatiques ont également été rapportés.

Conclusion
Voilà les premières grandes lignes des effets pathologiques du virus SARS-CoV-2 ; les scientifiques estiment que cela prendra plusieurs années avant de véritablement comprendre les effets réels de la maladie, des effets parfois non visibles dans l’immédiat… A l’heure qu’il est, c’est surtout une course au traitement qui se déploie pour essayer de déjouer les astuces utilisées par le virus pour gagner du terrain dans nos organismes et le toucher à tous les niveaux.

Référence :
Wadman M. et al., « A rampage through the body », Science 
24 Apr 2020: Vol. 368, Issue 6489, pp. 356-360

Illustrations : Dessin Valentin Baugé (son blog)

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