Un joli pot de chambre ou échange de bons procédés

La nature est pleine de ressources. Mais on ne s’imagine pas jusqu’à quel point. Chaque espèce met au point, par le jeu de la sélection naturelle, des moyens voire des stratégies pour subsister dans l’environnement qui lui est offert. Parfois, cela passe par des associations donnant-donnant entre espèces plutôt éloignées. Dans certains cas de figure, cette collaboration est pour le moins « insolite ».

C’est le cas de cette jolie plante que l’on peut admirer dans les Îles de l’Indonésie (Bornéo ) : la Népenthès de Raffles (Nepenthes rafflesiana)

Nepenthes_rafflesiana

«Nepenthes rafflesiana ant».
Sous licence CC BY 2.5 via Wikimedia Commons –

Comme on peut s’en douter (vu la forme en entonnoir de certaines de ses feuilles), il s’agit d’une plante carnivore. Des insectes ou autres arthropodes (voir la fourmi qui s’approche sur la photo) sont attirés par un nectar sucré et parfumé secrété par le péristome (l’espèce de bourrelet qui borde l’entrée de l’entonnoir). Une fois posé, le pauvre insecte a bien du mal à adhérer à la surface lisse et glissante de la feuille. Perdant l’équilibre, il finit par plonger au fond de l’urne et se noie dans le liquide digestif bourré d’enzymes qui découpent la masse de l’animal en nutriments fort utiles pour la plante. Une façon élaborée pour ces plantes de s’adapter aux milieux où le sol est trop pauvre pour que les racines puisent y trouver les nutriments nécessaires à leur développement.
Evidemment, on a communément à l’esprit le schéma de plante carnivore attirant un insecte et le digérant lentement. Mais la proie peut aussi être un petit vertébré : petit rat par exemple.

Il peut aussi s’agir de tout autre chose car certaines de ces plantes carnivores ont un peu de mal à attirer les insectes ou autres arthropodes.

Plus fort encore : les spécificités de la variété « Elongata »

Malgré tout cet attirail de stratégies pour se sustenter, certaines variétés de Népenthès de Raffles ne parviennent pas à capturer suffisamment de bestioles. C’est le cas de l’Elongata dont la forme de l’entonnoir est très élancée et qui ne génère pas autant de parfums que ses voisines. Pour pallier à ce manque, celle-ci semble avoir passé un contrat peu ragoutant avec une espèce de chauve-souris : « la chauve-souris laineuse de Hardwicke » un petit mammifère qui ne fait pas plus de 4 cm de long.
Pour quoi faire ? pour se nourrir pardi ! L’animal s’installe dans le trou végétal pour se mettre à l’abri où il y dépose fèces et urine : ce qui constitue une source intéressante en protéines et autres substances azotées. La preuve a été apportée grâce à la mesure de la teneur en élément azote (N) des feuilles témoins par rapport à celle ayant servi de cabinet.

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Crédit Photo : Merlin Tuttle
Lien

On peut se demander si les deux protagonistes de cette collaboration y tirent avantage. Des recherches sur le sujet ont montré que le mammifère qui pourrait très bien se cacher ailleurs (trous d’arbres, feuilles, ou même d’autres types de Népenthès), préfère l’entonnoir de l’Elongata. Il semble que les caractéristiques géométriques et physiologiques soient plus intéressantes : plus de place pour se caler dans ce réceptacle cylindrique et une moindre production de liquide digestif. Tout cela conduit à une distance plus grande entre le bord du péristome et le niveau du fluide. Cela permet même à deux animaux de se nicher en même temps (une mère et sa descendance par exemple), d’échapper aux prédateurs et de trouver protection contre la pluie et les rayonnements du soleil.

bat_elongata

a- b- Entonnoir de l’Elongata (et la chauve-souris en place)
c- Entonnoir d’une autre variété de Népenthès de Raffles
Source ICI

Bref, une belle collaboration où, contrairement à ce qu’on rencontre habituellement, la plante tire sa nourriture de l’animal… Le plus insolite c’est que la nourriture de l’un est le rejet de l’autre.

Autre article sur le Café des Sciences
Chez SSAFT
Pour en savoir plus :

Grafe T.U., et al, « A novel resource–service mutualism between bats and pitcher plants », Biology Letters, Vol. 7, pp 436–439, 2011 (doi:10.1098/rsbl.2010.1141)  Lien pdf

Scharmann M., Grafe T.U., « Reinstatement of Nepenthes hemsleyana (Nepenthaceae), an endemic pitcher plant from Borneo, with a discussion of associated Nepenthes taxa »,  Blumea – Biodiversity, Evolution and Biogeography of Plants, Vol. 58 (1), pp. 8-12(5) 2013

http://news.sciencemag.org/2011/01/carnivorous-plant-feasts-bat-dung

De belles photos ici
http://www.merlintuttle.com/category/photographing-bats/

3 comments for “Un joli pot de chambre ou échange de bons procédés

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