La Nature et ses poisons, ou ses remèdes ?

Le poison est abondamment présent dans la Nature. On l’oublie un peu trop souvent et cela devrait remettre un peu en question la croyance populaire selon laquelle ce qui est naturel est sain (mais les idées sont bien ancrées !).
Un poison, c’est dangereux, enfin tout dépend pour qui et à quelle dose il est injecté. En effet, dans certains cas, le poisons peut devenir « médicament » et seule une approche scientifique permet de comprendre les conditions selon lesquelles il aurait cette action thérapeutique chez l’homme.

Pourquoi des poisons dans la Nature ?
Pour survivre et se reproduire, chaque espèce (végétale ou animale) doit pouvoir se défendre face à l’ennemi prédateur ! Il peut s’agir de moyens passifs comme le biomimétisme (certaines chenilles et araignées se « déguisent en crotte » pour échapper aux oiseaux ! voir ce billet) ou de techniques plus agressives : plantes comme animaux peuvent secréter du poison et s’en servir d’armes contre celui qui s’approchera d’un peu trop près.
Le Palais de la Découverte à Paris, présente actuellement une très riche exposition temporaire dédiée à cette thématique. Elle est visible jusqu’au 11 Août 2019. Cliquez ICI pour de plus amples informations.

Entrée du Palais de la Découverte (Paris)

J’ai eu l’opportunité de la visiter tout récemment et je vous propose un court extrait de « Poison », avec un petit éclairage sur quelques substances naturelles toxiques ou pas…

Affiche de l’exposition temporaire « Poison » au Palais de la Découverte

Un petit tour du côté des minéraux
Les poisons sont partout, même dans de « simples » cristaux. Et pour cause, certains minéraux sont des concentrés d’éléments chimiques toxiques pour l’homme, tels que le mercure (un neurotoxique) et l’arsenic (métalloïde qui perturbe le métabolisme d’un être vivant).
Retrouvez au Palais de la découverte des échantillons de ces drôles de pierres…

Des pierres toxiques : la cinabre et l’arsénopyrite

Le cinabre (à droite) est un sulfure de mercure connu depuis le néolithique car il était alors utilisé comme pigment rouge pour les fresques murales. Utilisé en médecine depuis l’Antiquité !

L’arsénopyrite contient de l’arsenic associé à un sulfure de fer. Il y a eu beaucoup d’intoxications (il y a encore par le biais d’une eau trop riche en As) et d’empoisonnements à l’arsenic dans l’histoire. Et il est assez probable que c’est la cause de la mort de Napoléon 1er !
L’arsenic est toutefois utilisé également en médecine depuis des millénaires. Longtemps abandonné, il a été assez récemment réhabilité car son efficacité dans le traitement de certaines formes de leucémies a été démontrée. Il agirait directement sur les cellules malades et induit même l’apoptose (mort des cellules malignes) selon le dosage.

Du côté des abeilles et guêpes
On les chasse à grands coups de torchon l’été lorsqu’elles rodent autour de nos assiettes. Mais si elles piquent toutes les deux, connaissez-vous la différence entre ces deux hyménoptères?

Les hyménoptères et leurs modes de piqûres

Seule la guêpe pique pour se nourrir : le venin permet d’immobiliser ses proies. Elle est donc capable de piquer plusieurs fois car son dard est lisse et peut ressortir après piqûre.
L’abeille, au dard cranté, ne peut s’extirper de sa proie. Elle meurt donc « éventrée » lorsqu’on la retire plutôt violemment. 

Le venin de l’abeille peut déclencher des allergies et des œdèmes et donc, être particulièrement dangereux (en tous cas si les piqûres sont nombreuses). Mais la mélittine, l’un des principaux peptides qui le constituent font l’objet de recherches médicales et ont montré une certaine efficacité contre les cellules cancéreuses (voir les références).

Du côté des grenouilles
Qui eut cru que certaines grenouilles étaient de vraies poisons ? Capables de paralyser leurs proies grâce à leur poison bloquant l’influx nerveux qui parvient aux muscles (dont le cœur), les Kokoïs de Colombie ou Phyllobates terribles sont redoutables ! Le poison est la batrachotoxine et est très sensible au régime alimentaire de la grenouille (sa consommation en fourmis et scarabées joue un rôle dans la production du poison).

La grenouille Kokoï de Colombie (vertébré le plus toxique au monde)

Les toxines des crapauds et des grenouilles font l’objet d’intensives recherches pour des applications thérapeutiques pour le cancer car certaines bloquent le développement cellulaire (Cas du crapaud de Leschenault).

Du côté des araignées
On ne pouvait décemment pas terminer ce petit focus sur les poisons sans évoquer le cas des araignées (dont je vous ai parlé à maintes reprises ici, et ).

En voici un magnifique specimen, originaire d’Amérique du Sud, qui porte le doux nom de « Mygale à genoux blancs », eu égard aux colorations blanches de chacune de ses articulations. Mais finalement son venin n’est pas très puissant. Elle se défend aussi en lançant de la soie urticante sur l’ennemi.

Mygale à genoux blancs, à admirer à l’exposition « Poison »

Et les serpents ?
La panoplie ne serait pas complète si on ne disait pas quelques mots sur les serpents. A l’exposition « Poison », vous pouvez admirer différents serpents dont ce « Mocassin à tête cuivrée » qu’on trouve à l’est des Etats-Unis.
L’injection de son venin est assez douloureuse. Mais chose intéressante dans le cadre de la mise au point de nouvelles thérapies, le venin contient une protéine (la contortrostatine) qui permettrait de bloquer la progression de tumeurs. Dans le cancer du sein par exemple, cette protéine semble modifier la morphologie et bloquer  l’adhésion de cellules cancéreuses à un substrat ainsi que leur migration. Elle a montré également une action anti-angiogenèse et  déclenche l’apoptose : elle agit donc sur plusieurs fronts ce qui en fait une molécule des plus intéressantes, candidate pour en remplacer d’autres, peut-être moins efficaces actuellement sur le marché. On attend les résultats d’études précliniques.

Serpent mocassin à tête cuivrée visible à l’exposition « Poison »

Bref, une exposition riche et passionnante et les approches thérapeutiques issues de travaux sur la compréhension des poisons et leur mode d’action nous laisse espérer de belles retombées dans la lutte contre les maladies touchant l’Homme !

Sources :
Sur l’arsenic : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01495360/document

– Arsenic pour soigner certaines leucémies
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01135887/document

sur la mélittine du venin d’abeille et les recherches médicales
https://www.acs.org/content/acs/en/pressroom/newsreleases/2014/august/venom-gets-good-buzz-as-potential-cancer-fighter-video.html

– sur l’effet de la contortrostatine sur le développement du cancer du sein
https://www.researchgate.net/profile/George_Baltatzis/publication/259827760_Action_of_the_Disintegrin_Contortrostatin_on_Breast_Cancer_Cell_Primary_Cultures/links/0f31752e0d1130678f000000/Action-of-the-Disintegrin-Contortrostatin-on-Breast-Cancer-Cell-Primary-Cultures.pdf

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