Art et Sciences : focus sur les gorilles

L’état des lieux sur la biodiversité n’est pas réjouissant. On parle même de la 6e extinction massive. C’est très préoccupant d’autant plus que l’extinction est rapide et liée aux multiples activités humaines (directement, ou indirectement comme nous l’avons vu ici ou par le changement climatique). Beaucoup d’entre nous ont pris conscience de la crise qui pèse sur bon nombre d’espèces animales : la liste rouge des espèces (végétales et animales) menacées dans le monde, est régulièrement mise à jour par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) et l’un des derniers chiffres fait état de plus de 26.000 espèces menacées.
Mais il y a néanmoins quelques bonnes nouvelles… Les programmes de protection fonctionnent comme l’attestent ce communiqué (les rorquals et gorilles des montagnes sont en voie de récupération).
Alors, quelles sont les méthodes de protection ? comment font les scientifiques pour étudier une espèce menacée ?

Je vous propose un petit focus sur une exposition itinérante que j’ai visitée en février dernier, « Des Gorilles et des Hommes » présentée à la Bibliothèque Universitaire du Campus Pont de Bois de Villeneuve d’Ascq (du 25 janvier au 1er mars).

A la découverte des populations et du mode de vie des Gorilles du Congo

Elle relate le travail mené par des chercheurs du laboratoire ECOBIO (unité «EcosystèmesBiodiversitéEvolution» de l’université de Rennes) partis en expédition plusieurs mois en 2014, pour étudier les Gorilles des plaines de l’Ouest (une autre sous-espèce de la famille des Gorilles, très menacée) en République du Congo dans le cadre du projet IDipop qui étudie l’impact des maladies infectieuses sur l’évolution des populations.

Mais les chercheurs (présentés plus loin dans ce billet) n’étaient pas seuls, car Daniel Alexandre (connu sous le pseudo de A. Dan), artiste, illustrateur et riche d’une solide formation scientifique, les a suivis lors des différentes étapes… Ce qui s’est concrétisé par un reportage sous la forme d’un carnet de voyages qui sublime le quotidien des membres de l’expédition et cette belle exposition où le dessin est omniprésent et permet de mieux vulgariser les thématiques scientifiques.
Le carnet de voyage a été édité sous forme de bande dessinée « Des Gorilles et des Hommes » par la Boîte à Bulles en février 2015, et a été primé au festival des Carnettistes de Clermont-Ferrand, en novembre 2014. A retrouver ICI.

Exposition « Des Gorilles et des Hommes », à la BU Pont de Bois (février 2019)

Ce que souhaite montrer l’exposition

Les scientifiques qui ont participé à ce projet et à l’expédition :
Nelly Ménard (directrice de recherche du labo. et responsable des programmes de recherche sur les gorilles),
– Pascaline Le Gouar (responsable du projet IDipop),
– Céline Genton (docteur-ingénieur, en charge de la formation des éco-moniteurs congolais),
– Dominique Vallet (ingénieur d’étude),
– Marianna Boros (Etudiante Erasmus).

L’équipe étudie les primates depuis longtemps et participe à la conservation des espèces. Les Gorilles des plaines de l’Ouest sont très menacés à la fois par le braconnage*, la déforestation, mais aussi les maladies infectieuses.
Les chercheurs ont pu, grâce à cette expédition :
– observer les gorilles dans leur milieu naturel notamment pour voir la façon dont ils occupent leurs journées,
– comprendre leur organisation sociale (composition des groupes), leurs comportements en groupe (migrations) et leurs interactions (partenaires pour la reproduction),
– étudier leur capacité d’adaptation face aux maladies infectieuses telles que Ebola.

*le braconnage est assez connu pour les éléphants (qui intéressent pour leur ivoire) mais il existe aussi bel et bien pour les primates, recherchés pour leur « viande », alors même que cette consommation est interdite et dangereuse car elle menace la survie des espèces et véhicule potentiellement des maladies vers l’Homme, notamment le virus Ebola.

L’exposition a également permis de mettre en lumière quelques unes des méthodes scientifiques utilisées pour remplir les objectifs fixés par le projet.
Ainsi, pour les missions d’observations, il s’agissait avant tout, de rejoindre quotidiennement un mirador à l’abri afin d’étudier les populations et de suivre les individus sans les déranger : jumelles, photographies, et dessins ont permis de dresser des cartes d’identité de chaque individu, des trombinoscopes … Voici par exemple, un extrait des carnets de croquis, avec des dessins de visages assortis d’indications complémentaires : un travail très minutieux et rigoureux.

Carnet de croquis pour le suivi des individus (Gorilles des plaines de l’Ouest, au Congo)

Et puis pour aller encore plus loin, il faut passer par des analyses génétiques. C’est par le biais de prélèvements de fèces, qui contiennent des cellules épithéliales (intérieur de l’intestin) dont on peut prélever de l’ADN que les scientifiques ont pu établir des profils génétiques.

Prélèvements de fèces en vue d’une analyse génétique

Mais récolter des crottes, c’est tout un protocole ! Il faut savoir s’y prendre pour récupérer de l’ADN intact (non dégradé par le soleil) non contaminé par l’homme.

Mon ressenti face à l’exposition
Très intéressante bien sûr tant sur le fond que la forme !
Les dessins apportent une belle originalité et forcent l’admiration : ils concernent tous les aspects de l’expédition : la géographie, les portraits des chercheurs, le laboratoire, les miradors, les gorilles et autres espèces animales…

Et puis cette exposition véhicule un message porteur d’espoir. Le virus Ebola a fait de gros ravages mais l’étude met en évidence que les effectifs remontent grâce aux naissances et à l’arrivée de nouveaux individus issus des échanges migratoires ! A condition, que les actions de protection luttant contre la destruction de l’habitat et le braconnage soient bien en place…C’est aussi pour cela que des actions éducatives sont menées.

 

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