L’impact de l’activité humaine sur la vie sauvage

L’Homme et les activités qu’il développe sur terre, impactent la faune vivant sur l’espace conquis. Oui, mais sait-on jusqu’à quel point ? Une équipe américaine (Universités de Berkley et de Boise) s’est sérieusement penchée sur la question et a publié le fruit de ces recherches récemment dans Science.

L’homme n’a cessé d’agrandir sa zone d’habitation et d’exploitation de la Terre. Alors bien sûr physiquement parlant, on comprend aisément que cela implique en partie ou totalement la destruction de l’habitat et conduit à l’érosion de la biodiversité (avec des conséquences sur de nombreux écosystèmes) mais il faut également prendre en compte les autres impacts, moins directs, moins quantifiables mais non moins réels.

La présence de l’homme dans un milieu peut en effet perturber la faune sauvage de façon indirecte : par peur, les animaux modifient leurs aires de répartition et leurs activités pour éviter le contact avec l’Homme ce qui a des conséquences sur leur physiologie et leur santé, et à plus long terme la démographie d’une espèce et de celles qui y sont liées par le biais de perturbations des réseaux trophiques.
Les études ont jusque là plutôt porté sur le repli spatial des espèces mais il est nécessaire d’aller plus loin car au fur et à mesure de l’espace gagné par l’homme sur le milieu sauvage, les zones encore libres sont plus restreintes et la cohabitation homme/animal sauvage devient nécessaire. Dans ce cas de figure, c’est en jouant sur le timing de ses sorties que l’animal va s’adapter à la présence humaine : l’homme super prédateur diurne pousse donc plusieurs espèces de mammifères à augmenter leurs activités nocturnes.

Les auteurs de l’étude ont donc réalisé une méta-analyse reposant sur 76 études balayant 62 espèces de mammifères réparties sur 6 continents (21 familles et 9 ordres) et en se restreignant à des animaux de taille moyenne et grande (plus de 1 kg) pour lesquels les besoins en espace sont plus élevés.
Leur analyse révèle que l’activité nocturne, en réponse à la présence des hommes sur leur secteur, augmente d’un facteur 1,36 : par exemple, un animal qui serait à la fois diurne et nocturne passerait alors plus de temps à s’activer la nuit.
Les activités humaines influencent la vie des animaux sauvages par le biais :
– de la chasse (menace directe),
– de l’agriculture qui occupe des surfaces,
– du développement urbain et rural,
– des activités d’extraction pour l’industrie,
– de l’élevage,
– de la construction de routes.
Toutes ces actions conduisent les mammifères étudiés dans les études a augmenter leur activité nocturne, notamment chez les espèces de plus grande taille ce que les auteurs attribuent au fait que ces espèces-là font plus l’objet de chasse et que leur besoin en espace les met plus souvent en contact avec l’homme : le cerf, le coyote, l’antilope, le sanglier, l’éléphant …
Les animaux sont donc, fort heureusement, munis d’une forte capacité d’adaptation (comportement plastique) afin d’éviter le contact avec l’homme. Mais jusqu’à quel point ? Et avec quelles conséquences ?

Alors tout va bien ?
On peut se dire, à priori, qu’une telle adaptation représente pour les individus d’une espèce un bon moyen d’échapper à la prédation et que c’est donc plutôt positif. Mais il est également raisonnable de penser qu’une sorte de pression de sélection est à l’oeuvre en favorisant les espèces capables de passer à des activités nocturnes (espèces plus adaptées d’un point de vue morphologique*, physiologique et comportemental).

*Parmi les adaptations morphologiques aux activités nocturnes, on peut citer la taille de la cornée qui est différente chez les animaux nocturnes et diurnes car ce paramètre joue sur l’acuité qui se doit être plus affûtée la nuit.

Si on regarde d’un peu plus près, on constate un certain nombre de dérives potentielles.
Les espèces qui chassent dans d’autres fenêtres temporelles ne tombent pas sur les mêmes proies et sont donc contraintes à modifier leur régime alimentaire : des chaînes alimentaires sont donc perturbées, des communautés écologiques entières sont donc susceptibles d’être transformées.

De plus, certaines espèces ne peuvent pas s’adapter de la sorte en modifiant leur comportement : ils maintiennent donc leur activité le jour en présence des hommes ce qui les place face au coût d’un stress supplémentaire et d’une plus grande quantité d’énergie dépensée pour augmenter leur vigilance. Une énergie qui est donc moindre pour la reproduction, et la survie et une modification des chaînes alimentaires ou plus largement des réseaux trophiques.

D’autres espèces bien que réussissant à modifier leur comportement, parviennent moins bien à adapter leur sens : leur morphologie et physiologie sont trop bien optimisées pour une activité diurne. En conséquence, ils sont beaucoup moins efficaces pour la recherche de nourriture et la chasse, n’arrivent pas à s’orienter, ou tout cela leur coûte trop d’énergie. En un mot, cela menace leur capacité de reproduction et leur survie en temps qu’espèce. Mais là encore, cela va plus loin puisqu’une efficacité de prédation réduite impacte les équilibres entre espèces.

D’autres espèces apeurées par les hommes et leurs infrastructures (notamment les lumières de nuit) réduisent purement et simplement leur activité et passent plus de temps au « repos » que pour la recherche de nourriture, ou des activités qui favorisent un bon état physique.

En conclusion
Les auteurs de cette publication estiment qu’une part importante de la recherche a été consacrée à ce sujet : la présence de l’homme modifie le comportement de la faune sauvage. Ils passent à une activité plutôt nocturne. Sur le long terme, cela provoque une sélection et un risque de perturbation des réseaux trophiques et des écosystèmes. Ces aspects-là doivent faire l’objet d’une recherche plus intense afin de mieux comprendre la pression de sélection induite par l’homme.
Mais la vraie finalité de ce travail est la mise en application de ces connaissances afin de mettre en place des mesures de protection : il s’agirait par exemple de limiter les activités humaines durant certains créneaux horaires en journée, là où certaines espèces sauvages sont les plus actives par exemple… Est-ce une mesure facile à mettre en place et à se faire accepter ? Il le faudra si notre population s’approche des 10 milliards (projection 2050) doit cohabiter avec la Nature et ses richesses.

Référence :
Gaynor et al., « The influence of human disturbance on wildlife nocturnality », Science, Vol 360, pp 1232-1235, June 2018

 

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