[Femmes en sciences] Gertrudis de la Fuente, pionnière de l’enzymologie

Son nom ne vous dit peut-être rien et pourtant ! Cette dame fut une pionnière en biochimie et plus particulièrement en enzymologie. Elle a nous a quitté il y a peu de temps (début 2017) après une vie bien remplie : elle s’est éteinte à l’âge de 95 ans et eut une activité scientifique très riche jusqu’à ses derniers instants. Alors, parlons en !

Son enfance en quelques mots
Bref, Gerturdis est née à Madrid (Espagne) en 1921 et passe ses premières années en zone rurale, là où malheureusement les filles reçoivent une éducation sommaire. Elle ne peut donc aller très loin bien qu’elle soit déjà avide de connaissances et en grande admiration devant le travail de son père, machiniste au transport ferroviaire… un métier qui la fait rêver.
Mais elle est contrainte d’attendre la retraite de son père afin de déménager dans une grande ville et passer son bac.

Son parcours :
Son bac finalement en poche (après une interruption due à la guerre civile), elle entre à l’université (bien que son père* imagine qu’un mariage offrirait à sa fille un futur plus confortable). Elle démarre des études de chimie organique à l’université de Madrid mais a aussi suivi, en prime, des cours de Physique. Elle obtient sa licence en 1948, fait ses débuts dans la recherche à la faculté de pharmacie puis décroche une bourse d’études pour entamer une thèse : elle obtient un doctorat de pharmacie en 1955. Avant même de soutenir sa thèse, elle écrit plusieurs articles scientifiques dont un, paru dans la célèbre revue Nature. Son sujet concerne la décarboxylation pyruvique de la levure.

Gertrudis de la Fuente devient professeur de recherche au CSIC (Consejo Superior de Investigaciones Cientificas) et professeur « ad honorem » de l’université autonome de Madrid.
Elle a participé très activement à la création et au développement de la société espagnole de Biochimie et la fondation de la fédération Européenne des sociétés de biochimie en 1964 (une société savante dédiée à la promotion des activités de recherche en biochimie, biophysique et biologie moléculaire).

* Malgré tout, ses parents n’ont jamais cherché à entraver la poursuite de ce qui lui tenait à cœur.

Ses principaux travaux de recherche :

En un mot, elle a fortement contribué au développement de la recherche en biochimie en se distinguant de ce qui se faisait dans d’autres pays. Elle s’est notamment investie dans différents projets en enzymologie** en travaillant sur le métabolisme des sucres et pathologies associées.
Elle a ensuite transposé son expérience sur les enzymes à des problèmes de pathologies humaines liées au métabolisme. Cela a permis le développement de diagnostics pour différents troubles liés au métabolisme et Gertrudis a mis au point de nombreux cours pratiques et théoriques au sein de nombreux hôpitaux.
Elle a aussi travaillé sur la toxicologie. En 1981 par exemple, elle est nommée coordinatrice du CSIS pour en quêter sur le syndrome toxique qui a fait tant de ravages en Espagne (plus de 20.000 victimes dont un millier de morts). Elle démontre que l’épidémie est liée à l’ingestion d’huile de colza dénaturée, car contaminée par de l’aniline pour usage industriel.
En 1982, elle est donc nommée présidente de la Commission consultative de Toxicologie.


** Rappelons que les enzymes sont des protéines très spécifiques qui ont la capacité de faciliter des réactions : leur vitesse est boostée d’un facteur important (ça peut être d’un facteur « un million »). C’est simple, sans enzyme certaines réactions ne se produisent pas.
Le métabolisme au sein des cellules repose énormément sur les enzymes. Et grâce à l’action des enzymes, les produits formés ont une orientation spatiale, une configuration particulière qui peut jouer sur leur fonctionnalité (cf cet ancien billet). En cas de mauvaise configuration parce que l’enzyme n’est pas présente, des mécanismes ne s’enclenchent pas et c’est ainsi que des pathologies peuvent apparaître !


Un bilan de sa personnalité et la reconnaissance de ses pairs
On la décrit comme une personne simple et généreuse toujours prête à apporter ses connaissances et à prêter main forte dans tous les domaines. Elle a travaillé jusqu’à ses 70 ans mais n’a jamais cessé, jusqu’à ses derniers jours, de s’intéresser aux dernières recherches et découvertes dans ses domaines de prédilection. Elle a également œuvré pour dénoncer les inégalités hommes-femmes.

En 2013, elle reçoit la médaille de membre d’honneur de la Société Espagnole de Biochimie et Biologie Moléculaire !

Bref, elle a obtenu une belle reconnaissance de son travail et de ses talents scientifiques. Malgré tout, on souligne que son nom est systématiquement associé à celui de son mentor « Alberto Sols »

Ce qu’on retient de cette vie riche, c’est la grande curiosité intellectuelle, l’enthousiasme, la passion, la ténacité face aux difficultés qui se dressaient sur sa route (être femme, grandir dans un milieu ouvrier à l’époque) qui ont toujours caractérisé la scientifique et lui ont permis d’avoir une carrière riche et d’aller au bout de ses rêves jusqu’à ses derniers instants. J’admire !

Pour en savoir plus
https://revistas.ucm.es/index.php/RCED/article/viewFile/RCED0303220315A/16364

2 comments for “[Femmes en sciences] Gertrudis de la Fuente, pionnière de l’enzymologie

  1. Debyoyo
    07/06/2018 at 20:36

    Très bon article, attention toutefois, une petite coquille s’est immiscé. Au début de l’article on parle de sa date de naissance 1823, c’est plutôt 1923, non? Et c’est pas plutôt la seconde guerre mondiale plutôt qu’une guerre civile qui retarde ces études?

    • 07/06/2018 at 20:44

      Merci pour votre lecture attentive. J’ai corrigé ma coquille, oui c’est bien 1921.
      Par contre, il s’agit bien de la guerre civile espagnole qui dura 3 ans de 1936 à 1939 et qui s’est soldée par l’arrivée de Franco au pouvoir 😉

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