Le pouvoir du chant d’une maman

Je me demandais si nous, les mamans, étions toutes poussées par le même instinct qui consiste à fredonner de douces berceuses auprès de nos bébés… parce que personnellement, je me suis surprise à chanter quelques mélodies à mes tous petits, alors que naturellement et spontanément, je chante peu. Il s’avère que, cette pratique produit de précieux effets sur les bambins (mais aussi sur leurs mamans), et des recherches consacrées à ce sujet le prouvent. Les références (thèse et publications) se trouvent en fin d’article.

Alors effectivement, quelle que soit la culture (avec certaines déclinaisons propres à chacune d’elle), les mères ont recours assez intuitivement au chant pour essayer de réguler l’état émotionnel de leur bébé lorsqu’il montre des signes d’impatience, de souffrance ou d’inconfort.
Bien sûr, s’adresser à l’enfant avec des paroles spécialement dédiées, avec des intonations particulières, un rythme plus lent est reconnu comme un moyen efficace de communiquer et de soutenir l’attention mais le chant des mères semble bien être plus efficace non seulement pour capter l’attention mais aussi pour calmer le tout petit, diminuer son stress et ses émotions négatives et favoriser un contact intense : l’attachement est alors particulièrement renforcé.

Comment expliquer cela ?
Plusieurs mécanismes entrent en jeu.
L’efficacité du chant maternel est tout d’abord à relier aux caractéristique acoustiques particulières des chants (berceuses ou chansons à gestes). Comparativement à de simples mots adressés à l’enfant, le chant repose sur des structures musicales et la variation des hauteurs de sons qui s’enchaînent est plus restreinte (les intervalles plus petits qu’avec une phrase moyennant des spécificités plus ou moins marquées selon la langue parlée), avec une régularité et une prévisibilité auxquelles l’oreille est vite sensible et cela rassure.
De plus, les caractéristiques prosodiques des vocalisations maternelles sont propres à rendre l’enfant attentif : intonations exagérées, allongement des voyelles, pauses, voix douce, sourires sont autant d’éléments qui confèrent au chant une dimension affective. Bref, la charge émotionnelle liée au chant est supérieure à celle de simples mots, aussi doux soient-ils !

Cela produit un effet apaisant sur les bébés et contribue à renforcer l’attachement mère/enfant.

Mais d’autres facteurs sont aussi présents. En général, en chantant, la mère engage son enfant dans un mouvement de balancement, pour souligner le rythme. Elle est même aussi particulièrement tentée de le toucher, d’adopter des expressions faciales particulières. ces moments sont donc forts en interactions et véhiculent un message de sécurité encore une fois favorable à l’attachement.

Mais en conséquence, il est difficile de trancher sur l’origine de ce qui est constaté : quel(s) facteur(s) parmi ceux cités est véritablement le plus impactant.

Quels bienfaits sur les mères ?
Un consensus scientifique est assez bien établi quant aux effets positifs de la musique en général pour diminuer un état de stress chez l’adulte. Mais dans le cas particulier de la pratique de chant à destination de son enfant, les effets semblent aller encore plus loin.

Chanter est généralement perçu de façon très positive par les mères car cela renforce un sentiment de confiance en soi, bien souvent mis à mal lors des premiers mois de l’enfant (surtout en cas de primiparité). Les mères voient cette pratique comme un moyen de créer une ambiance joyeuse partagée avec leur bébé, un moyen d’apprendre à mieux prêter attention aux signes de satisfaction ou d’inconfort que manifestent leur enfant. Elles se sentent plus en confiance car elles prennent conscience de leur pouvoir réconfortant et du lien fort qui les unit à leur enfant. En chantant, elles engagent l’attention de leur bébé et se sentent « bonne mère » : observer leur enfant heureux les rend heureuse à leur tour. Des sentiments forts qui renforcent la construction de l’attachement.

Une étude italienne, particulièrement récente (2017), confirme les travaux précédents. Elle s’appuie sur l’analyse de cohortes (85 mamans adeptes du chant vs 83 mères qui ne le pratiquent pas). Les résultats montrent que les berceuses contribuent à renforcer le lien d’attachement. De plus la fréquence des épisodes de pleurs est bel et bien diminuée pour le groupe « avec chansons ». Quant au stress maternel, il diminue lui aussi.

Références :

De l’Etoile S. K. (2006), « Infant behavioral responses to infant-directed singing and other maternal interactions », Infant Behavior and Development29(3), 456-470. DOI: 10.1016/j.infbeh.2006.03.002

Corbeil, M. et al.(2013), « Speech vs. singing: Infants choose happier sounds », Frontiers in Psychology,

Creighton, Alison Liew et al. (2013), « Singing play songs and lullabies: Investigating the subjective contributions to maternal attachment », The Australian Journal of Music Therapy, 24, Music Periodicals Database

Ghazhan N., (2013), « Emotion regulation in infants using maternal singing and speech », Thèse

Persico, G., Antolini, L., et al. (2017), « Maternal singing of lullabies during pregnancy and after birth : effects on mother-infant bonding ». Women and Birth, DOI: 10.1016/j.wombi.2017.01.007

1 comment for “Le pouvoir du chant d’une maman

  1. nathalie
    02/10/2017 at 10:15

    Qu’est ce qui se passe quand on chante très faux ? Dès qu’ils ont su parler, soit vers 18 mois, mes enfants m’ont demandé de ne pas chanter.

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