Archéolab pour découvrir les sciences de l’archéologie

Il y a quelques temps, je découvrais les dessous passionants de l’archéologie : je vous en parlais ici et .

J’ai eu l’opportunité de visiter un ancien terrain de fouilles archéologiques en Touraine ouvert au grand public. Il présente l’avantage de pouvoir toucher quatre grandes périodes de l’Histoire et pas les moindres.
Bienvenue à l’Archéolab – Abilly, construit en 1992, musée du site du Petit-Paulmy à Abilly en Indre-et-Loire…Les fouilles archéologiques sur ces lieux se sont déroulées dans les années 80.

Qu’y trouve-t-on ?
– des vestiges incroyables relatifs à 4 périodes de l’Histoire,
– un parcours permettant au visiteur de comprendre comment s’effectue une fouille et l’élaboration d’un scénario plausible sur la vie de nos ancêtres,
– un éclairage très instructif sur les différentes spécificités scientifiques au sein de l’archéologie.

Les vestiges

La première chose qu’on découvre en pénétrant dans les lieux, ce sont de beaux échantillons de silex car le sol des lieux, à faible profondeur en est fort riche. Le silex est une roche sédimentaire très dure formée par précipitation de silice selon différents processus possibles. Sa particularité est qu’il s’agit d’un matériau cristallisé (donc organisé d’un point de vue atomique) sous la forme micro-cristaux de quartz (SiO2).

Pas étonnant que des hommes préhistoriques se soient arrêtés ici pour tailler le silex et fabriquer leurs outils… De plus, le silex de la région est de très bonne qualité.

Effectivement, le site présente des indices de présence humaine datant du Paléolithique : des bifaces très anciens, des racloirs, des traces précieuses de nos lointains ancêtres.

La plus importante part d’objets mis à jour sur le site concerne la période Néolithique. Les fouilles ont permis de retrouver 28.000 objets datant de cette période ! Ce sont de nombreux silex taillés dispersés de façon non homogène avec des zones plus riches en éclats que d’autres mais aussi des traces de combsution (cendres-charbon de bois), des blocs de calcaire, des fragments de céramiques avec des reliquats organiques (graisses correspondant à la nourriture consommée et préparée sur ces lieux). L’étude de tous ces artefacts, mais aussi les analyses de sédiments affichant des particularités en des points précis de la zone d’étude ont permis de reconstituer l’improbable : un lieu d’habitation et atelier de confection d’outils en silex. Les zones localisées de nature minéralogique différente correspondent très vraisemblablement aux points où des poteaux en bois étaient enfoncés dans le sol et calés par un matériau plus dur.
Après une enquête approfondie portant sur de nombreux détails, les archéologues ont pu proposer une maquette de cet habitat-atelier.

Proposition de maquette de l’habitat-atelier

Une 3e période concerne la protohistoire avec l’âge du bronze/fer (-2200 av JC) mise en évidence par la présence de fragments de céramique, de cendres… Un vase a pu être reconstitué et sa forme renseigne sur l’époque.

L’étude des foyers et des datations au carbone 14 confirment la période de l’âge du fer…

Non loin de là, des dalles de silex alignées évoquent une forme rectangulaire qui vraisemblablement correspond à une construction de l’époque gallo-romaine.

La reconstitution grâce aux sciences de l’archéologie

Lorsqu’un site archéologique met à jour des vestiges, plusieurs spécialistes interviennent pour apporter leurs connaissances dans un domaine précis. En voici quelques exemples.

Certains archéologues sont spécialisés en céramologie : ils étudient les éclats de céramiques, observent les techniques de fabrication, la forme, l’épaisseur de la pâte et les matériaux qui la constituent, les motifs et parviennent ainsi à déterminer par comparaison avec d’autres objets caractéristiques d’une époque, l’âge approximatif de l’objet et l’origine géographique.

Certains chercheurs apportent leur expertise en anthracologie ou l’étude des charbons de bois issus de combustion au sein de foyers (pour la cuisine, ou la transformation de matériaux). Cette approche permet, souvent sur la base d’observations au microscope, de remonter au bois dont le charbon est issu (chaque essence possède sa propre anatomie cellulaire) et donc aux espèces végétales présentes dans le milieu de l’époque.

Observation au microscope d’un charbon de bois

Mais interviennent aussi, la stratigraphie et la pétrographie.
La stratigraphie permet d’étudier la superposition de sédiments qui forment différents couches dans un sol (les strates) cela donne des informations sur la datation de la présence des hommes sur le site.
La pétrographie étudie les roches, via une caractérisation macro et microscopique, minéralogique, cristallographique..

Et puis bien sûr, n’oublions pas l’archéozoologie, où l’étude des restes d’animaux (dents, poils, coquilles, os…) présents sur les sites de fouilles archéologique. Cette analyse est précieuse car elle renseigne sur l’alimentation de populations du site, et sur leurs relations avec les animaux (élevage, domestication…).

Mais citons aussi le travail du lithicien qui étudie les objets en pierre pour comprendre comment ils ont été fabriqués et le palynologue qui s’intéresse au pollen pour décrypter l’environnement végétal d’un site.

Chacune de ces approches permet d’apporter des éléments qui doivent converger vers une théorie ou un faisceau d’hypothèses quant à la façon dont les sociétés anciennes vivaient et l’environnement dans lequel elles évoluaient.

Bref, une belle balade, encore une fois, dans le monde des Sciences et de l’Histoire.

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