Récent bilan sur le chocolat : les effets sur le cerveau !

Comment prévenir le déclin cognitif lié au vieillissement ? En quoi le chocolat apporte-t-il des réponses à la question ?


Vous le savez peut-être, ce sujet m’est cher : d’une part parce que le chocolat et moi, c’est une grande histoire et d’autre part parce que je m’intéresse de près au vieillissement et ses conséquences (la perte de performance de mon futur ciboulot m’angoisse un peu).
J’en ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce blog (par ex. ce post « Chocolat vs Alzheimer » qui date déjà d’il y a plus de deux ans) mais un récent article d’équipes italiennes (mai 2017) paru dans « Frontiers in Nutrition », a refait le point sur l’état des connaissances via une méta-analyse.

De quoi parle-t-on exactement ?  Il est surtout question des flavanols, des molécules appartenant à la famille des flavanoïdes, une partie des polyphénols.

Les polyphénols regroupent l’ensemble des molécules qui possèdent plusieurs noyaux aromatiques avec un ou plusieurs groupes hydroxydes. Lorsque les deux cycles aromatiques sont reliés par une chaîne à 3 atomes de carbone, on entre dans la sous-famille des flavonoïdes. Et parmi, eux, les flavanols tels que l’épicatéchine qu’on retrouve dans le cacao et donc dans le chocolat, d’autant plus s’il est riche en cacao.

«Epicatéchine» un flavanol présent dans le chocolat. Image par Shaddack, 2005. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons –

Alors quels bénéfices cognitifs sont-ils suspectés ?
D’après un certain nombre d’études, la consommation chronique et aiguë de flavanols améliore le fonctionnement du cerveau en ce qui concerne les fonctions exécutives, l’attention, la mémoire, la vitesse de traitement de l’information.

Par quels mécanismes ?
L’action anti-oxydante des flavanols est prouvée : grâce à leur groupes hydroxyles (-OH) attachés à un noyau aromatique, les catéchines peuvent fournir des -H aux radicaux libres et les neutraliser.
Mais cette action n’est pas suffisante pour expliquer l’effet protecteur des flavanols contre le déclin cognitif. Cela va plus loin : les flavanols semblent bel et bien pouvoir contrer les dommages au niveau des neurones apparaissant lors de maladies dégénératives ;  en effet, ces molécules et leurs métabolites parviennent à passer la barrière hémato-encéphalique et on les retrouve justement dans des zones cérébrales sensibles au vieillissement (hippocampe, cortex …)

Les flavanols parviennent à passer la barrière hémato-encéphalique

Les mécanismes plus en détail !
Il peut s’agir d’une action directe ou indirecte.
Les flavanols semblent en effet agir directement en étant imbriqués dans des réactions en cascade qui jouent sur l’expression des gènes. L’un d’eux code le facteur BDNF (Brain derived neurotrophiec factor), une protéine et plus exactement une neurotrophine : il s’agit d’une protéine favorisant la neurogenèse, la croissance des synapses, la survie neuronale ! Bref, tout ce qu’il faut pour booster la performance cognitive ou réduire le déclin lié à l’âge.
Enfin, des études sur modèle animal ont pu montrer que les flavanols interagissent directement avec l’architecture cellulaire.

De façon indirecte, c’est par leur effet sur la vasodilatation que les flavanols agissent aussi sur la bonne santé du cerveau. Ils jouent un rôle marquant sur la biodisponibilité de monoxyde d’azote (NO) : une molécule (plutôt connue comme polluant atmosphérique) dont les fonctions biologiques sont très importantes. Les tissus internes des vaisseaux sanguins utilisent cette molécule pour relâcher leur tension ce qui provoquent la dilatation et un meilleur flux sanguin.

Les flavanols favorisent le bon état vasculaire grâce à la vasodilatation

Que disent les recherches cliniques ?
Un bon nombre d’études (épidémiologiques et en double aveugle) montre que la prise chronique de flavanols peut avoir des effets notables sur la mémoire de travail de sujets présentant des troubles cognitifs moyens. Lorsque la concentration en flavanols est plus élevée, la fluence verbale est améliorée.
Des résultats positifs ont également été rapportés chez des personnes âgées en bonne santé.

Pourtant certains résultats d’études sont moins concluants. L’action des flavanols dépend en effet de la quantité absorbée, de leur biodisponibilité, du type de tâche cognitive évaluée.

Conclusion :
Les flavanols constituent une piste très prometteuse pour le développement de voies thérapeutiques visant à prévenir ou réduire le déclin cognitif (en complément d’autres méthodes à l’initiative de chacun, nous en avions parlé ICI).
Les futures recherches incluant des analyses en neuro-imagerie conjointement avec les évaluations cognitives devraient permettre de mieux comprendre encore.
Quant à la consommation de chocolat, elle ne peut à elle seule répondre à la demande en flavanols, d’autant plus que les apports concomitants de sucre et de gras sont à prendre en considération.

Merci à mon fils Valentin, pour ses illustrations (son blog)

Référence :
V. Socci et al., « Enhancing Human Cognition with Cocoa Flavonoids », Frontiers in Nutrition, Vol 4 :19, 2017, doi: 10.3389/fnut.2017.00019

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