A la découverte de l’archéologie : Fromelles et la Grande Guerre (1/2)

Les 16-17 et 18 juin dernier, se sont déroulées les journées nationales de l’archéologie. Voilà une bonne occasion de s’intéresser à la science et à l’histoire et de découvrir de quoi il s’agit :
– quelles sont les méthodes,
– quels domaines scientifiques sont impliqués,
– quelles sont les applications,
– quelles questions émergent des objets trouvés,
– quels métiers et spécificités y sont associés,
– quels exemples d’objets peut-on étudier,
– quels sont les challenges à relever,
– quelles lumières sur l’histoire et sur l’avenir ?

Bref, tout près de chez moi, une animation était proposée au Musée de la Bataille de Fromelles (Nord, dans les Weppes à une vingtaine de kms de Lille). Une formidable occasion de découvrir plusieurs aspects de l’archéologie, un domaine riche à l’intersection de l’histoire et des sciences.

Bref, bienvenue à Fromelles !

La bataille de Fromelles
Fin 1915, une offensive Franco-britannique contre le front allemand était décidée en Picardie vers la Somme : la bataille de la Somme est bien connue de tous et bien documentée. Dans la foulée de cette bataille et pour profiter de la désorganisation des lignes allemandes, s’est déroulée une opération de diversion à Fromelles.
On n’en parle pas dans les livres d’histoire (en français tout du moins) mais la bataille de Fromelles fut pourtant particulièrement violente et sanglante. Elle a opposé les 19 et 20 juillet 1916, des troupes anglaises et australiennes à une division allemande et avait pour but de pénétrer les lignes ennemies en tentant d’encercler le point de résistance allemand de Sugar Loaf. Ce fut une défaite pour les Alliés.
Pour les troupes anglaises mais surtout australiennes, dont ce fut la première bataille, les pertes humaines (de jeunes soldats pour la plupart) sont particulièrement élevées (plus de 5000 pertes en moins de 24 h pour l’Australie).

Le lien avec l’archéologie
Quel lien avec l’archéologie ?
1400 pertes britanniques et 5000 pertes côté australien ce n’est pas rien ! En 2002, l’idée traverse certains esprits que trop d’hommes manquants n’ont pas été retrouvés. A coup d’enquêtes et de recherches, de calculs, l’hypothèse que des soldats sont toujours là, dans le sol, enterrés à la hâte dans des fosses communes dans le bois du Faisan (Pheasant Wood) juste après la bataille.
Une association australienne autour de Lambis Englezos (chercheur australien) voit alors le jour et s’active pour mettre en place des fouilles archéologiques par le biais d’Oxford Archeology (riche de plusieurs expériences dans ce domaine) pour trouver les disparus.
En avril 2009, le projet est lancé : les fouilles démarrent un mois plus tard avec une cérémonie officielle impliquant des membres des gouvernements britannique et australien. Une belle aventure commence et les recherches sont fructueuses : 250 corps sont exhumés et l’identification doit être faite (un article dédié à ces fouilles et les analyses qui en découlent en partie 2/2).
Un nouveau musée (le Musée de la bataille de Fromelles) voit le jour en 2014 : il explique les tenants et aboutissants de la bataille, l’histoire et les conditions de vie des soldats et les fouilles archéologiques liées au site. Passionnant, même pour les non-férus d’histoire. Le musée jouxte le Cimetière de Pheasant Wood, construit par la Commission des Tombes de Guerre du Commonwealth (CWGC) pour accueillir les 250 soldats dans des tombes individuelles.

A la découverte de l’archéologie

L’animation proposée à l’occasion des journées nationales d’archéologie permet à tout public de découvrir le musée, les fouilles et de mettre le doigt sur quelques unes de plus belles pièces retrouvées sur place (à l’occasion de diverses campagnes de fouilles menées par l’association FWTM 14-18 « Fromelles Weppes Terre de Mémoire » entre les années 90 et 2000).
Thomas Boucknooghe, médiateur, nous accueille, dévoile délicatement les objets et nous explique ce qu’ils sont, leur histoire et leur état de conservation.

Le public a donc pu observer des armes blanches dont les parties en métal se conservent bien (les parties en bois et en cuir ont disparu) : il s’agit ici des 3 baïonnettes allemandes dont les premiers modèles étaient particulièrement dévastateurs (les lames sont munies de dents tranchantes).

Nous avons aussi pu observer un obus. L’explosif est de la cordite dont la préparation (à base de nitrocellulose et nitroglycérine) est mise sous forme de filaments par extrusion .

C’est l’occasion de nous expliquer les différentes parties d’un obus :
– la partie propulsion contenant la charge, située à l’arrière,
– le corps de l’obus prévu pour éclater en mille morceaux (les éclats d’obus) ou libérer son contenu,
– la partie mise à feu (fusée) en tête de l’obus pour commander l’allumage.

Certains obus sont remplis de petites billes en plomb (les « Schrapnel »). Alors libérées lors de l’explosion,  elles tombent en pluie (ou plutôt en grêle) sur l’ennemi avec les dégâts qu’on imagine, étant donnée l’énergie cinétique des billes si massives.
Mais pour faire le maximum de dégâts (sic !), le déclenchement en vol est idéal.
Deux systèmes existent :
– Déclenchement via le choc de l’impact : la force d’inertie projette l’amorce vers l’étincelle, et induit la mise à feu,
– Déclenchement en vol :  il se produit à un point particulier de la trajectoire grâce à un minuteur.

Des balles et une pochette contenant des filtres pour masques à gaz

Quelques mots sur l’utilisation des gaz de combat. Ils étaient contenus dans des bonbonnes (lourdes) et diffusés par le biais du vent vers les lignes ennemies.
Pour s’en protéger, un mouchoir imbibé d’eau (ou d’urine d’après ce que j’ai lu) limiter les dégâts. Mais le masque à gaz fait son apparition sur les champs de bataille. Ici une fiole ayant contenu des grains solides (charbon actif ou autres matériaux) qui permet d’adsorber des gaz tels que le chlore 

En conclusion
Voilà la présentation (non exhaustive) des objets qui nous ont été présentés lors de cette journée des JNA.  Ils possèdent tous une histoire, liée à une technologie et posent tous la question de leur traversée du temps : plus de 90 ans enfouis dans le sol. La nature physico-chimique du sol et le type de matériau constituant les objets jouent fortement sur la conservation :
– les sols sédimentaires peu perméables tels que les argiles sont propices à la conservation,
– les sols au pH acide (donc pauvres en calcaire) seront plus corrosifs,
– les métaux nobles résistent bien (or, bronze); les métaux tels que  le fer, beaucoup moins.
– le bois disparaît en quelques années.

En un mot, une animation passionnante qui m’a sensibilisée aux sciences de l’archéologie et m’a donné envie d’en savoir plus sur les fouilles effectuées sur ce site (et ailleurs) : quels objets trouvés, quelles équipes sur le terrain, quelles méthodes utilisées, quelles difficultés rencontrées ?

Alors on se donne rendez-vous ICI pour des réponses à certaines de ces questions.

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