La vie en campagne

L’un des trucs chouettes quand on réside en campagne est le fait de pouvoir observer la Nature et les travaux des champs à toute époque de l’année, matin ou soir (rappelez-vous cet ancien article dédié à la culture de la pomme de terre ou les betteraves ici). Et puis les activités rurales sont très riches en enseignements (grâce au savoir et l’expérience des agriculteurs auxquels se greffent quelques synthèses sur l’état des recherches scientifiques relatives aux pratiques, aux semences, aux challenges à relever, aux outils, à la technologie des machines), c’est fou ! On plonge dans la mécanique, les principes physiques, la chimie, la bio et bien sûr l’environnement.

La vue de mon jardin

Les champs en janvier dernier. Les blés sont levés.

Chaque année, dans notre village des Weppes à 18 kms du centre de Lille, l’association « Tracteurs en Weppes – TEW » organise la traditionnelle « Fête de printemps » qui accueille entre 3000 et 4000 visiteurs chaque année. Cette année, le 15 avril 2017 était une date importante : c’était la 20e fête de printemps de TEW puisque l’association a vu le jour en 1997.
L’association est très investie dans la sauvegarde du patrimoine agricole (à travers la collecte et la remise en état d’outils) en vue de pouvoir présenter au public l’évolution du machinisme, de témoigner des pratiques anciennes, des conditions de travail de nos ancêtres, de présenter l’histoire des industries dédiées au matériel agricole.

La fête déployée sur le week-end de Pâques mettait à l’honneur les tracteurs Suédois et chaque année l’association présente dans le cadre de son adhésion au réseau PROSCITEC riche de 85 membres (patrimoines et mémoires des métiers) une exposition temporaire dont le thème était  » L’ Arbre dans notre vie  » choisie par une partie des différents membres.
« Tracteurs en Weppes « a donc mis en valeurs le travail du bois !

Petit reportage de cette édition 2017 où je me suis régalée à déambuler entre animaux, outils, tracteurs de toutes marques et toutes générations, artisans, passionnés !

Les techniques et les machines
Je démarre ma visite par des démonstrations de labour dans le champ voisin… l’occasion de revenir sur cette technique de travail du sol : pourquoi, comment, risques et challenges.

TEW : démonstrations de labour

Le but du labour est de découper et retourner une bande de terre. Ces deux actions sont essentielles pour faciliter la culture d’une espèce choisie ; le labour permet ainsi :
– d’enfouir en profondeur des matières organiques* de façon à ce qu’elles se décomposent plus rapidement et enrichissent le sol,
– de détruire les adventices (mauvaises herbes) et les enfouir en profondeur,
– de modifier l’état physique du sol (pour obtenir une terre plus fine selon la nature des sols, leur humidité et les semences visées),
– d’améliorer la circulation d’eau et d’air favorables aux cultures (meilleur enracinement)

* les matières organiques regroupent l’ensemble des constituants organiques présents dans le sol (débris de végétaux accumulés sur le sol et leur décomposition en humus mais aussi la matière vivante tels que vers de terre, micro et macrofaune, microflore). Elles jouent un rôle dans l’activité biologique des plantes car elles représentent une source d’énergie et d’éléments nutritifs pour les organismes du sol.

Les charrues tirées par les tracteurs sont constituées de différentes pièces dont le (ou les) soc(s), le coutre et le versoir  chacun possédant une fonction précise.
Le coutre découpe verticalement la tranche du sol tandis que le soc la coupe horizontalement ce qui permettra au versoir de soulever et retourner la terre.

Zoom sur la charrue (deux corps réversibles) pour la réalisation de deux sillons simultanément

Avant l’arrivée de la mécanisation (fin 19e siècle), la traction pour travaux agricoles était réalisée par la force animale. Les difficultés venaient de la pénétration des pièces travaillantes dans la terre : pas simple d’obtenir de la stabilité et de l’uniformité.

Les chevaux de trait, réputés pour leur force (mais la sélection par l’homme est passée par là), étaient particulièrement sollicités pour les travaux agricoles.

Exposition de charrues hippomobiles

Leur force de traction n’est désormais plus utilisée que très ponctuellement pour le transport de bois du lieu de coupe vers la zone de dépôts (débardage). Des démonstrations de ce type étaient visibles à la manifestation.

Démonstration de débardage. Transport du bois par des chevaux de trait.

On parle de plus en plus de l’agriculture sans labour (pour limiter l’érosion des sols) encore appelée agriculture de conservation : il s’agit d’une modification profonde du fonctionnement de l’agriculture. L’approche est intéressante mais la mise en oeuvre est délicate, nous en reparlerons dans un autre post.

Moissonneuse-batteuse John Deer – 9 m de largeur de coupe (Modèle T670)

Passons à d’autres types de machines…et non des moindres puisque une moissonneuse-batteuse avec une largeur de coupe de 9 m était présentée par l’entreprise Binault. Voici la bête : une machine du concepteur John Deere T670 – Puissance moteur 400 ch et 6 cylindres 9 L(modèle 2011) !

Alors comment fonctionne cette belle machine ? Qu’a-t-elle de particulier ?

Quatre étapes se succèdent : la coupe, le battage, la séparation et le nettoyage.
La coupe est effectuée par le jeu de lames qui oscillent (dents pointues qu’on distingue sur la photo) mais pour être efficace les épis de blé doivent être « happés » par la machine : c’est le rôle joué par le rabatteur, muni de griffes qui au cours de l’avancée de la machine ramène les épis vers la coupe. Un convoyeur achemine les épis coupés vers la zone de battage.
Cette seconde étape (le battage) est effectuée à la sortie du convoyeur sous la cabine et permet d’extraire le grain de l’enveloppe : un rouleau-le batteur- tourne et pousse l’épi contre un support (le contre-batteur). C’est la force centrifuge et la friction de la batte sur l’épi qui assurent l’extraction du grain de son enveloppe.
A l’issue de l’étape précédente, il reste environ 10 % des grains non séparés (dans les « otons » ou épis de blé non encore séparés) : ce travail de finition est assuré par des secoueurs. Il en ressort grains et bouts de paille. Mais les grains ne sont pas encore parfaitement propres, il reste des résidus de paille qu’il faudra enlever : c’est grâce à un tri densimétrique (table de préparation) que s’effectue cette étape (la paille plus légère est ‘envolée’ par un courant d’air assuré par un ventilateur, tandis que le grain de blé plus lourd se tasse en fond de table).
Les grains sont stockés en partie haute avant d’être déversés par la vis de vidange (le long bras qui s’échappe de la machine).
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Par Hans Wastlhuber & Tucvbif, CC BY-SA 2.5………………..                                                                               1-rabatteur à griffes 2-barre de coupe 3-vis d’alimentation 4-convoyeur 5- récupérateur de pierres 6-batteur 7-contre-batteur 8- secoueurs 9- table de préparation 10- ventilateur 11- grille supérieure 12- grille inférieure 13-vis à otons 14- recyclage des otons 15 vis à grains 16-trémie à grains 17-broyeur à paille 18-cabine 19 -moteur 20-vis de déchargement

Quelles performances peut-on attendre de telles machines ? Bien sûr, il peut être question d’optimiser le débit, la fauche, le battage. Mais d’autres paramètres comptent beaucoup également notamment la capacité de l’outil à préserver la qualité du grain et de la paille tout en offrant une adaptabilité accrue : capacité d’adaptation au sol- la pente ou le repérage des pierres en profondeur- mais aussi à plusieurs types de cultures – orge, tournesol, maïs). La machine doit aussi présenter des atouts dans sa consommation en carburant, dans l’absence de bourrage au sein des différentes parties qui la constituent…

Pour visualiser d’un peu plus près la partie « battage » et renouer avec l’histoire, la manifestation TEW accueillait des démonstrations sur une batteuse mécanique ancienne.

 Et puis, pour les plus curieux encore, une maquette au 1/3 présente les différentes étapes pour séparer l’épi du grain et compacter la paille. C’est la Société Française de Vierzon qui a créé ces maquettes.

Sortie du grain propre

Paille compactée

Et pour la suite ? Du blé au pain … je vous invite à la relecture d’un précédent article relatif aux moulins.

Les tracteurs
Dans une manifestation dédiée avant tout aux tracteurs anciens, modernes, rénovés ou en l’état, il faut bien s’attendre à en voir beaucoup. Pari gagné ! Une chouette façon de plonger dans l’histoire, de découvrir la multitude de constructeurs, l’évolution des moteurs, et des techniques.

Cette année, ce sont les tracteurs suédois qui sont à l’honneur avec, en particulier le constructeur Bolinder-Munktell (issu de la fusion en 1932 du constructeur Bolinder et du motoriste Munktell). L’entreprise produisait aussi d’autres machines agricoles et des engins de génie civil.

Modèles Bolinder_Munktell

En 1950, Bolinder-Munktell est racheté par Volvo et la marque deviendra quelques années plus tard BM Volvo.

La société produit après la 2e guerre mondiale des tracteurs incluant un moteur à boule chaude (technologie précédant le moteur diesel). Il s’agit d’un moteur à combustion interne à deux temps dont l’allumage du combustible (introduit sous forme d’aérosol) se fait au contact d’un métal très chaud (rouge) pendant la phase de compression (mais avec un faible taux de compression).
On reconnaît ces modèles à la présence d’une partie proéminente à l’avant du tracteur. Leur avantage est de pouvoir être alimenté par tout type de carburant (dont des huiles de récupération).

Modèle de Tracteur avec moteur à boule chaude (Ici de la Société Française de Vierzon – Société française de matériel agricole créée en 1847)

Zoom sur la boule chaude

Ci-dessous, le modèle Bolinder-Munktell BM10 sorti après la guerre, à boule chaude (non visible sur la photo)

Un des premiers modèles Bolinder-Munktell : le BM 10

Sautons quelques décennies… Volvo BM est repris par Valmet puis AGCO Corporation (constructeur américain) dont l’une des marques phare en Europe est Valtra. Le concessionnaire Messeant à Lestrem nous présente donc ici l’un des tracteurs les plus appréciés actuellement sur le marché (un modèle récent de fin 2015) : Valtra T174.

Tracteur Valtra T174

Ce modèle a été entièrement remodelé :
– une cabine spacieuse, ergonomique, permettant une excellente visibilité (toit vitré, siège pivotant 180°),
– une grande maniabilité,
– un moteur puissant (Moteur AGCO Power 6 cylindres, 7,4 l, 175 Ch)
– un moteur respectueux de l’environnement grâce à l’optimisation de la consommation de carburant, la bonne efficacité de combustion (grâce à l’injection optimisée du carburant pour un bon fuel ratio en toutes conditions) et la technologie SCR*only respectant la norme Tier4final**

* SCR : Réduction catalytique sélective pour la réduction des NOx par injection d’une solution d’urée (appelée AdBlue) dans les gaz de combustion (de l’azote moléculaire N2 et de l’eau sont les produits de réaction). La particularité de ce moteur est que les niveaux d’émissions sont bas malgré l’absence de filtre à particules, seule la SCR est présente (d’où le terme « only ») : le système est donc plus simple avec une meilleure longévité.

** La norme Tier4final est imposée aux moteurs diesel : c’est le plus haut niveau de réglementation en matière de valeurs limites d’émissions de particules et de d’oxydes d’azote (NOx).

Quittons la marque BM Volvo et sa descendance pour d’autres tracteurs remarquables … d’autres constructeurs, d’autres époques.
Voici un tracteur étroit « à chenilles » conçu pour circuler entre les vignes (Constructeur « Saint Chamond »). La société Saint Chamond s’est tournée vers cette production qui découle d’une reconversion (en 1914, elle fabriquait les premiers chars d’assault).

Un constructeur de moteur à Lille, le croiriez-vous ? Armand Peugeot fonde une usine de construction mécanique à Lille qui devient en avril 1928 la CLM (Compagnie Lilloise de Moteurs). Voici un des tracteurs avec l’un de leur moteur diesel.

Et puis un petit dernier à présenter (bien sûr la liste n’est pas complète) est un modèle qu’on voit peu puisque les outils sont disposés sur la partie avant : c’est un tracteur Farmall (roues avant rapprochées) de la firme américaine International Harvester.

Les autres centres d’intérêt de la manifestation
TEW, c’était aussi la présentation du travail d’artisans ou de métiers dont on parle peu.

Travail du forgeron

Sculpteur sur bois

Les chevaux de trait renouent eux-aussi avec les traditions et offrent aux promeneurs des balades en charrette…

On peut aussi admirer de jolis moutons et le chien de troupeau.

Et puis n’oublions pas les géants de sortie pour l’occasion !

2 comments for “La vie en campagne

  1. Perche
    27/07/2017 at 09:02

    Très bel article sur notre fête annuelle !
    Petite rectification pour la charrue, la partie avant que vous avez nommé courte est enfaite la rasette qui permet d’enfouir la végétation dans la raie puis celle-ci est recouverte lorsque le versoir retourne la terre 🙂
    Bonne continuation !
    Cyril

    • 27/07/2017 at 11:15

      ah merci beaucoup Cyril, pour la lecture attentive (je vais corriger cela) et à bientôt au détour d’un chemin Beaucampois 😉

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