Merveilleux microfossiles

Pour comprendre le passé et l’apparition de la Vie sur Terre, certains regardent l’infiniment grand à savoir l’Espace. D’autres au contraire, recherchent des indices dans l’infiniment petit ou du moins observent et analysent de minuscules, microscopiques voire nanoscopiques restes de très vieux organismes qui ont laissé des traces riches en informations : les microfossiles.
A ce sujet, je tiens entre les mains un superbe ouvrage paru en novembre 2016 chez Biotope Editions, et je m’empresse de partager cette découverte avec vous.
Il s’agit de « Merveilleux microfossiles, bâtisseurs, chromomètres et architectes » de Patrick de Wever, géologie, micropaléontologue et professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle. Dans ce magnifique livre, l’auteur nous communique sa passion, son « coup de foudre émotionnel » pour la Nature et nous entraîne dans un univers époustouflant, dont on parle peu dans le grand public.


Un livre didactique (riche en définitions) et passionnant pour tout un tas de raisons touchant aussi bien au contenu qu’à la forme : les thèmes sont variés et les photographies à vous couper le souffle. Nous abordons ainsi un monde  riches de formes et de couleurs, répondant à des contraintes physiques et environnementales par des processus physico-chimiques plus ou moins complexes.
Nous parcourons des lieux et découvrons des techniques d’études ; on plonge dans l’Histoire des sciences, l’Histoire de la Terre et de l’apparition de la vie, dans les challenges des matériaux, dans des enquêtes sur les roches. On s’intéresse à des tas d’organismes, on côtoie des grands Noms, on se délecte des anecdotes, des applications industrielles, des sources d’inspiration pour les architectes, d’histoires insolites …

Je vous propose un petit aperçu.

Les microfossiles : un monde si riche et précieux !

Savez-vous bien ce que sont les fossiles ? Quels sont les procédés qui ont permis d’amener d’anciens êtres vivants à de pareils reliquats ? Quelles transformations ont-elles joué ?
Un monde riche dont la quête nous fait voyager au fond des océans et redécouvrir les expéditions océaniques, ou à plus de 5600 m tout en haut de l’Himalaya.
Connaissez-vous les protistes du phytoplancton (algues unicellulaires à noyau)? Les dinoflagellés qui se déplacent grâce à leur flagelle, les diatomées qui ressemblent souvent à une boite fermée par un couvercle et émettent une belle part de l’oxygène sur Terre, les coccolithophoridés formés comme des petits grappes ? ou les radiolaires bourrés d’épines et portant une fine coque siliceuse ajourée … Saviez-vous qu’ils se déplacent grâce à des poches remplies de CO2 expulsé et qu’ils permettent de dater les roches ? 

Exemple de Coccoliphoridé

On découvre aussi les Ascidies qui concentrent le vanadium de l’eau de mer ou les foraminifères formés de multiples cavités et j’en passe !

La diversité des formes toutes promues par une « économie » d’énergie et de matière
On est sous le charme de ces formes si variées : des trompettes, des volants, des roues, des flasques, des ballons, des spicules aux surfaces allégées, ajourées, dentelées ou en treillis répondant à une seule et même contrainte : l’économie de matière et d’énergie (trouver le meilleur rapport volume/surface pour optimiser aux mieux les ressources offertes par l’environnement).

Diversité de formes des microfossiles, ici des foraminifères (planche de Haeckel)

Reconstruire l’histoire, accumuler des données
Cette quête de vérité pour comprendre les micro-fossiles n’est pas seulement motivée par la soif d’étudier notre monde et les trésors qu’il recèle. Son utilité est bien plus large si l’on en croit la diversité des domaines scientifiques qui en tirent profit : la géologie, la physique, la biologie, les sciences du climat, l’océanographie, mais surtout l’étude de l’origine de la vie. Moultes analyses nous sont présentées et permettent de toucher du doigt les différentes applications concrètes qui en découlent.
L’étude des microfossiles permet par exemple de dessiner la carte des fonds océaniques, de dater des sédiments (et par là-même de prouver la dérive des continents), de reconstituer des environnements et des climats ! (nous en parlions ici). Et puis comprendre les secrets du comportement de certains matériaux pourrait permettre d’en inspirer pour des applications industrielles (la chitine par exemple…)

Focus sur les techniques d’études
Alors vous imaginez bien que l’extraction de ces vestiges du passé, fragiles et minuscules, souvent coincés dans des roches plus massive, n’est pas chose aisée. C’est même un travail qui requiert une minutie incroyable. On procède par voie chimique en adaptant le réactif à la nature du fossile à libérer (des acides standards pour dissoudre le calcaire et le puissant acide fluorhydrique pour dissoudre la silice – nous en parlions de cela ici) mais cette dissolution doit être bien dosée pour ne pas risquer d’atteindre le précieux trésor. Vient ensuite l’étape de tri sous microscope, un vrai travail de fourmi !
Ainsi les observations par MEB, tomographie ou par satellite ainsi que les méthodes de classement et ce qu’on peut en tirer sont présentées dans l’ouvrage.

Plongée dans l’Art inspiré par la Nature

Cette beauté révélée par la mise au point d’outil d’observations puissants a inspiré plus d’un artiste.
Haeckel (1834-1918), biologiste allemand, considéré comme le père de l’écologie, a beaucoup contribué à la diffusion de la théorie de l’évolution. Il a également mis en avant le lien étroit en la Nature et l’Art et a publié « Kunstformen der Natur » (formes artistiques de la nature) à la fin du 19e siècle où les superbes illustrations du monde des micro-organismes a dévoilé la beauté du vivant (symétries, formes variées, aspects, couleurs…)

Dessins de radiolaires (sphères grillagées) qui ne ménagent pas leure effets esthétiques (Planche de Haeckel)

On retrouve des œuvres d’Art directement calquées sur les radiolaires…Elles inspirent des motifs pour des bijoux, des tissus, des formes pour des sculptures, des objets de décoration …

Sculpture de Michael Foster (inspiré par des diatomées) Lien

Décortiquer des processus bio-physico-chimiques

Bien sûr, on vous parle de photosynthèse, normal quand il s’agit de phytoplancton… Mais savez-vous que cela joue un rôle majeur dans la régulation du climat ?
Vous voulez comprendre le rôle majeur joué par l’ozone (O3) sur le développement de la vie hors de l’eau ou comprendre comment le plancton en arrive à donner du pétrole (à condition d’avoir le bon tiercé température, pression, temps) ou encore appréhender les mécanismes grâce auxquels les premiers organismes vivants ont modifié les équilibres chimiques de leur environnement et fabriqué du calcaire ? Par quels processus se forme la nacre ?
Toutes ces questions trouvent largement réponse dans « Merveilleux microfossiles »

Des ressources en matériaux
Découvrez comment les magnifiques monuments de Paris (Notre Dame) doivent tout aux micro-organismes présents dans les mers tropicales qui recouvraient la région par le passé ? Qu’est ce qui explique la blancheur des falaises d’Etretat ?

De l’insolite
Et oui, on n’en revient pas d’apprendre que certains micro-organismes parviennent à l’éternité à la seule condition d’être mangés par des prédateurs et rejetés via les matières fécales qui constituent un écrin de choix pour préserver un squelette précieux qui résistera aux ravages du temps.

Peut-être que comme moi, vous serez surpris de découvrir qu’on filtre l’eau, le vin ou certaines bières grâce à des squelettes de microorganismes (les diatomées). La roche formée par l’accumulation de leurs restes en silice (la diatomite) offre des propriétés particulièrement prisées (surface spécifique élevée, grande porosité, inertie chimique…) par l’industrie agroalimentaire, notamment comme média filtrant.

Algue photosynthétique siliceuse : Triceratim morlandii (diatomée)      Crédit Photo : Anatoly Mikhaltsov

Bref, un ouvrage riche, passionnant, didactique, et des photos qui émeuvent !

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