Sortie Nature : insectes pollinisateurs

Vous connaissez sûrement les sciences participatives : des citoyens motivés de tous horizons culturels et géographiques peuvent prêter main forte aux scientifiques ! Comment ? Tout simplement, en réalisant une « mini-étude » selon un protocole dédié de leur environnement (la faune, la flore) ou de leur santé. Pour cela, ils observent, consignent et rendent compte aux scientifiques ce qui permet de collecter un grand nombre de données dans des environnements très variés, de les trier et lisser et d’en tirer des informations : influence des températures, des saisons, de la météo et plus globalement du changement climatique sur les populations d’insectes ou leur évolution dans différents milieux par exemple. Cela peut aussi permettre de faire ressortir les risques liés à certaines pratiques agricoles ou à l’urbanisation et de mesurer l’impact réel sur la biodiversité. Bref, c’est une chouette façon de s’associer aux chercheurs, d’apporter sa pierre à l’édifice de la connaissance, de multiplier les données et de favoriser le lien entre Science et Citoyens pour mieux sensibiliser. Des publications scientifiques sont d’ailleurs issues de ces observations à grande échelle.

Le projet Spipoll (suivi photographique des insectes pollinisateurs) est un exemple de sciences participatives, s’inscrivant dans le cadre de Vigie-Nature (porté par le Muséum national d’Histoire naturelle, pionnier des sciences participatives en France depuis 20 ans), où tout amateur volontaire peut s’impliquer en photographiant des insectes pollinisateurs ou floricoles. Outre le MNHN, c’est également l’OPIE (Office Pour les Insectes et leur Environnement) qui est à l’initiative du Spipoll.

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Il y a quelques semaines (le 16 septembre), j’ai eu l’occasion de participer à une sortie nature du projet Spipoll, organisée par la MRES de Lille (Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités regroupant une centaine d’associations).
Objectif : comprendre le protocole, apprendre à observer, à photographier (quoi, comment), à consigner, et identifier les insectes photographiés.
En ce qui me concerne, j’ai choisi cette jolie ombellifère.

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Mais le protocole est assez précis. Il convient de remplir « une fiche terrain » en prenant soin de décrire le lieu d’observation (le type de plantation, la présence d’un champ à proximité, le type d’habitat…), la météo (couverture nuageuse, température, vent), choisir sa plante fleurie puis de lancer la session photos, sur une durée de 20 minutes.

La série de photos doit inclure le milieu dans sa globalité, la photo de la fleur en gros plan et les différents insectes venus y faire fortune. Ensuite il conviendra de recadrer les photos, de les poster sur le site du Spipoll et de tenter l’identification grâce à une clé de détermination en ligne. La validation est ensuite assurée par les experts et permet de corriger d’éventuelles erreurs.

Nous sommes en milieu urbain, tout proche de la ligne de métro (on aperçoit au loin le beffroi de Lille), dans un petit recoin de type parc, laissé « libre de s’exprimer » : idéal pour les fleurs sauvages s’épanouissent.
J’ai choisi une classique ombellifère sauvage : celle-ci est, vraisemblablement, la Berce commune ou « Berce spondyle » (Heracleum sphondylium)

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Voilà, j’y ai surtout repéré des classiques diptères tels que cette simple mouche. Les diptères sont reconnaissables par leur unique paire d’ailes membraneuses. D’ailleurs, ici, il y en a d’autres qu’on associe trop vite aux hyménoptères (abeilles, guêpes) par leur forme ou leur couleur mais qui sont bien des diptères. Ainsi la Syrphe aux couleurs et à l’allure générale équivoque, est pourtant bien une mouche (voyez les gros yeux).

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Parmi les hyménoptères (mais sans la taille de guêpe), je vous présente une symphyte ou « mouche à scie » ainsi surnommée car son ovipositeur (organe de ponte) est dentelé comme une scie : cela facilite la découpe de feuille pour y déposer les œufs.
En voici deux représentants…

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J’ai cru avoir eu la chance de repérer une abeille méllifère (Apis mellifera)…
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Mais on m’a signalé en commentaire, que vu la taille des yeux (plutôt énormes) et la finesse des pattes postérieures, je me suis laissée berner. Alors cap sur la clé d’identification du Spipoll… C’est un diptère encore, mimétique des hyménoptères, peut-être bien la Chélosie éclairée (source) ou mieux l’Eristale gluante.

Bon, la météo n’était pas très favorable, donc je ne suis pas trop mécontente de mes observations. Et la prochaine fois, je ferai de meilleures photos !

Sinon une séance de brainstorming a suivi la sortie et je n’en ai pas perdu une miette 😉
On a parlé pollinisation ou le transfert de pollen de l’étamine (partie mâle de la fleur) vers le pistil (partie femelle) d’une autre fleur de la même espèce, grâce à l’action des insectes qui en se nourrissant, assurent la prise en charge du pollen (il se colle aux poils) et le transport.

pollen

On a aussi évoqué l’adaptation des pièces buccales des insectes aux formes des fleurs, et certaines sont telles qu’elles sont accessibles à de nombreuses espèces ce qui multiplie les chances de pollinisation : c’est le cas de la marguerite dont le jaune éclatant est un signal fort pour les insectes.

marguerite

Vous pensiez planter un Buddleia dans votre jardin pour attirer les papillons et assurer le maintien des populations ? Et bien figurez-vous que ce n’est pas le bon plan. L’arbre à papillons produit effectivement beaucoup de nectar pour les papillons mais la plante ne peut pas nourrir les chenilles donc le cycle ne peut y être assuré.

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Papillon « PetiteTortue » sur une fleur de Buddleia

Quelques présentations m’ont permis d’avancer dans mes identifications d’insectes repérés cet été dans mon jardin comme ce coléoptère : le leptura avec de longues antennes caractéristiques des capricornes en version rouge ou tachetée.

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Ici le leptura tacheté

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Voilà, une sortie riche en découvertes… Un grand merci à Nathalie Devezeaux du Conservatoire d’espaces naturels du NPdC .
Bon sinon, je suis une grande débutante dans le monde de l’entomologie : ces bestioles me passionnent, et je lis beaucoup. Si comme moi, ce monde vous fascine, je vous conseille la lecture du blog, aussi membre du Café des Sciences, Passion Entomologie. Le dernier billet notamment décrit  l’association de pollinisation coléoptères/orchidées !

6 comments for “Sortie Nature : insectes pollinisateurs

  1. Aurélide
    02/10/2016 at 23:41

    Et si tu regardes « ton » abeille mellifère, tu verras qu’elle a des yeux bien trop gros pour en être une 😉

    Les abeilles mellifères ont une caractéristique qui t’aidera à les reconnaître : leur troisième paire de patte est large et aplatie contrairement aux mouches. Si tu regardes la photo de wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Apis_mellifera ça se voit bien. Ça aide l’abeille à fixer le pollen dans ce qu’on appelle des corbeilles.

    Tu peux t’aider de la clé d’identification en ligne aussi : http://spipoll.snv.jussieu.fr/mkey/mkey-spipoll.html

    Dès que tu auras ce détail dans l’oeil, tu ne te tromperas plus ! 🙂

    Bises,
    Aurélie

    • 03/10/2016 at 06:24

      merci Aurélie… pour la correction et les liens !

  2. Pierre
    03/10/2016 at 15:38

    Quant au papillon en photo, il ne s’agit pas d’un Vulcain mais plutôt d’une Petite tortue !
    Merci pour cet article intéressant.

    • 03/10/2016 at 15:43

      merci beaucoup ! Ils se ressemblent beaucoup, mais j’ai bien vu la différence, notamment sur le haut des ailes ! 😉

  3. Aurélide
    03/10/2016 at 18:11

    As-tu mis en ligne ta collection Spipoll ? L’équipe d’entomologiste y validera tes identifications.
    Je ne suis pas sûre que le diptère soit une chélosie, le lien que tu as mis stipule des soies blanches qui sont inexistantes ici (j’ai l’impression). Ça me fait plutôt penser à une eristale, à confirmer !

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