La gourmandise liée à un gène : cas du labrador

La gourmandise est un vilain défaut m’a-t-on souvent répété lorsque j’étais enfant. Et bien soit, j’assume : loin de moi l’idée de vouloir me corriger (même s’il faut être vigilant sur les excès bien sûr) surtout depuis que je sais que cet état de fait est lié à un gène (voire même plusieurs) ayant subi une mutation. En tous cas, c’est ce que des équipes de chercheurs (britanniques et suédois, en collaboration) ont démontré en publiant une étude sortie il y a quelques jours dans Cell Metabolism . Mais attention, elle repose sur le cas de certaines races de chiens : le Labrador, justement réputé pour sa gourmandise et son proche cousin, le retriever à poil plat. Les résultats sont néanmoins très intéressants pour comprendre les mécanismes en jeu dans le développement de l’obésité.

Retriever à poil plat

Retriever à poil plat Crédit photo David and Lynne Slater Lien 

Quelques faits démontrés sur l’obésité (chez le chien)
Dans les pays développés, la prévalence de l’obésité canine varie entre 34 et 59 % : ces chiffres paraissent vraiment énormes dans la mesure où cela représente une vraie menace sur la vie de l’animal. Des facteurs environnementaux sont bien sûr mis en avant pour expliquer cela : diminution de l’activité physique, un accès facilité à une nourriture à fort contenu calorique.

Mais les chercheurs de l’étude dont il est question ici, se sont penchés sur des facteurs génétiques prédisposant à l’obésité : un processus impliquant des hormones contrôlant la prise de nourriture est au cœur du problème.

Le gène défaillant et son rôle
Le gène défaillant mis en évidence chez le labrador et son cousin est le gène POMC qui signifie Pro-opiomélanocortine. Essayons de comprendre de quoi il s’agit. Le gène code donc pour la « pro-hormone », un polypeptide (une protéine de petite taille en quelque sorte mais quand même 241 acides aminés) qui, en se scindant, donne naissance à différents substances biologiquement actives, des hormones.
Comme son nom l’indique, ces peptides issus de la scission incluent l’hormone mélanocortine et des endorphines (d’où le préfixe « opio »).

La mélanocortine, comme on s’en doute, stimule la synthèse de la mélanine : pour la pigmentation de la peau et du pelage mais pas seulement. En effet, il existe différents récepteurs à la mélanocortine localisés sur la peau (pour la pigmentation) mais aussi dans le cerveau, notamment au niveau de l’hypothalamus (ce sont les récepteurs MC3R et MC4R – MC pour MélanoCortine). La liaison avec ces récepteurs inhibe la prise en alimentaire et le développement de l’obésité.

Le rôle de la β-endorphine dans la régulation de l’appétit et de la satiété est un peu moins compris mais il est associé à une stimulation de l’ingestion. Les deux hormones doivent agir en synergie.

Bref, une mutation sur le gène POMC conduit alors à une forme aberrante de la mélanocortine associée à une augmentation du poids, de l’adiposité et à une chute de la β-endorphine qui augmente l’attrait pour la nourriture.

Chez le labrador, cette mutation est très répandue : elle a, semble-t-il, comme conséquence un changement de comportement chez l’animal qui va solliciter son environnement de façon plus accrue pour obtenir de la nourriture. J’en connais même qui vont redoubler d’efforts et d’ingéniosité pour aller dénicher de quoi ravir leurs papilles.

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ok, ce n’est pas un labrador !

Chez les autres espèces de chien, la mutation n’a pas été observée par les auteurs de l’étude.

Réflexions des auteurs sur le sujet
Les auteurs soulignent le fait que ces races de chien sont celles qu’on rencontre dans le domaine du dressage comme chiens guides par exemple. Ils font l’objet d’un entraînement important et ça marche plutôt bien car justement ils sont sensibles aux petites récompenses alimentaires de leur entraîneur. Et si justement, cela était dû au fait qu’ils soient porteurs du gène muté ? Cette hypothèse va plus loin : n’y aurait-il pas eu un effet de sélection ? En entraînant préférentiellement les chiens les plus sensibles à la récompense, cela devient un avantage et la mutation est favorisée.

Mais soulignons que la facilité à entraîner n’est pas la « seule caractéristique » qui a conduit à choisir ce type de chien pour en faire des chiens guides :  c’est aussi parce que c’est un chien amical, fidèle, intelligent et docile, non ? Pas sûre qu’il y ait un gène pour cela.

Labrador _ Chien guide

Labrador _ Chien guide : Crédit Photo R. Shobe Lien

Et chez l’Homme ?
L’importance de ce gène POMC a également été mis en évidence chez l’homme en ce qui concerne le stockage d’énergie, le contrôle de l’appétit.
Alors si le maître du chien peut aider à contrôler la prise de poids de l’animal (exercice, contrôle alimentaire), qu’en est-il pour nous ? Notre seule volonté n’est pas forcément suffisante, une des raisons pour laquelle les régimes ne fonctionnent pas sur le long terme. Seule une hygiène de vie correcte sans trop d’excès mais sans privations draconiennes donne de bons résultats. Maintenant, comprendre quels gènes sont impliqués dans la régulation de l’appétit et la prise de poids ainsi que leur mode d’action permettra de mettre en place des actions thérapeutiques ciblées et personnalisées sachant que les médicaments actuels ne présentent pas un rapport bénéfice/risque satisfaisant.

Références :

Raffan E., et al. « A Deletion in the Canine POMC Gene Is Associated with Weight and Appetite in Obesity-Prone Labrador Retriever Dogs », Cell Metabolismdoi:10.1016/j.cmet.2016.04.012, Mai 2016

Thèse de doctorat, Fanny Stutzmann « Le récepteur 4 aux mélanocortines, un pradigme de la génétique de l’obésité, 2009 – https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00422165/file/Stutzmann_Fanny.pdf

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