Lait humain et molécule anti-cancéreuse

Le rôle important de l’allaitement dans la prévention des cancers de l’enfance (leucémies, maladie de Hodgkin, neuroblastome) a été démontrée depuis plusieurs années déjà.  Est-ce que cet effet s’applique à d’autres types de tumeurs ? et comment s’explique-t-il ?

En avril dernier, une équipe italienne [1] a publié ses travaux de recherche dans « Journal of Human Lactation ». Ils ont découvert une concentration importante d’une molécule, nommée « TRAIL » dans du colostrum humain (premier lait produit dans les premières heures post-partum) et dans du lait humain à 5 jours post-partum. Ils ont comparé les résultats avec ceux d’une analyse de sang humain et de lait de synthèse pour nourrissons. Les résultats sont sans équivoque : TRAIL est présent dans le colostrum avec une concentration 400 fois plus élevée que dans le sang humain.
TRAIL est aussi présent dans le lait plus mature (produit à 5 jours) à une concentration 100 fois plus élevée que celle du sang humain.
TRAIL n’a pas été détectée dans lait de synthèse.

Qu’est-ce que cette molécule ?  TRAIL, acronyme signifiant TNF, Related Apoptosis Inducing Ligand (avec TNF : Tumor Necrosis Factor) ce qui, en français pourrait se traduire, par « molécule  ligand capable de provoquer l’apoptose de cellules tumorales »… ce qui, je l’avoue, mérite encore quelques éclaircissements ! 

L’apoptose est un programme lancé par l’organisme de tout être vivant  (codé génétiquement) pour déclencher la mort cellulaire à un moment bien choisi, bénéfique au bon développement du corps (un peu comme les feuilles qui tombent d’un arbre à l’automne). Elle est lancée lorsque la cellule est évaluée comme vieillissante, abîmée, infectée ou simplement parce que c’est son heure, parce qu’elle intervient dans le processus d’équilibre entre naissance et disparition des cellules. C’est l’apoptose qui, par exemple, intervient lors du développement de l’embryon, pour la formation des doigts à partir d’une main naissant sous forme « d’une moufle ». Sans le phénomène d’apoptose nos doigts seraient palmés.
L’apoptose permet l’élimination d’une cellule sans provoquer de dommages aux cellules environnantes. Elle se caractérise (entre autres) par la fragmentation du noyau de la cellule et de l’ADN mais avec préservation des membranes cellulaires (contraire de la nécrose).

Source : ICI

Qu’est-ce qu’un ligand ? En chimie, c’est une molécule portant une fonction chimique bien particulière qui lui permet de se lier à un endroit précis d’une autre molécule, une protéine par exemple. Ce faisant, elle permet de stabiliser une structure, de moduler une activité enzymatique, de transmettre un signal, de faciliter une réaction chimique…

Revenons donc à TRAIL : c’est une protéine et plus précisément une cytokine : une substance agissant à distance (un messager chimique en quelque sorte) sur des cellules pour réguler leur activité, leur métabolisme. Cette molécule, découverte en 1995 par les Américains Wiley et Pitti et connue des chercheurs du monde entier comme étant le seul peptide connu à ce jour capable d’éliminer les cellules tumorales sans affecter les cellules normales. TRAIL est capable de déclencher le programme de mort cellulaire, sa spécificité : les cellules cancéreuses; les cellules saines ne sont pas touchées. Comment ? tous les mécanismes mis en jeu ne sont pas encore compris mais pour faire simple, son rôle est lié à des récepteurs situés à la surface de cellules cibles qui vont provoquer l’apoptose (tout cela grâce à son ligand particulier !)

Tous les tests in-vitro et in-vivo montrent une activité biologique hautement reproductible. Mais certaines cellules tumorales résistent au mécanisme de protection du corps humain en particulier parce que la molécule TRAIL est en concentration trop faible.

Et le lait humain dans tout cela ?

Avec une concentration en TRAIL si élevée,  les résultats de l’équipe italienne [1] apportent un regard nouveau sur le développement d’une stratégie de traitement anti-cancéreux : le lait humain produit la molécule TRAIL à une concentration telle qu’elle pourrait produire une action sur les cellules cancéreuses en déclenchant leur apoptose.

En 2009, toujours parue dans ce même journal, une étude [2] avait révélé le résultat d’essais visant à estimer l’impact de la consommation de lait humain par des patients (hommes, femmes) atteints de cancers, à divers stades, tous traités par une thérapie classique. Les patients ont affirmé avoir ressenti un effet bénéfique suite à cette consommation, notamment une nette diminution des effets secondaires à leur traitement classique (moins de nausées, diarrhées, fatigue), un meilleur état général, une augmentation de leur capacité respiratoire, une nette amélioration de leur confort de vie.
L’étude précise que le lait humain a été obtenu par les patients testés via des dons de leur famille ou relations voire de grandes banques de don de lait (Etats-Unis et Canada)

Les auteurs concluent que le lait humain, en complément d’autres médicaments exerce un effet synergique, ce qui confirme les autres observations sur le manque d’efficacité de TRAIL en mono-thérapie.

Notons que les scientifiques d’une entreprise polonaise, travaillent depuis 2009 sur une thérapie innovante contre les tumeurs solides élaborée à partir de TRAIL.

NDLR :
Cet article a pour but premier d’informer sur les récentes découvertes et essais (promotion de l’allaitement maternel). Il ne doit absolument pas se substituer à l’avis éclairé d’un professionnel de santé pour la prise en charge d’un problème de santé.

Références :
[1] Davanzo. R., Zauli, G.,  « Human Colostrum and Breast Milk Contain High Levels of TNF-related Apoptosis-Inducing Ligand (TRAIL) », Journal of Human Lactation,  April 23, 2012

[2] Rough M., et al., « Qualitative Analysis of Cancer patients Experiences Using Donated Human Milk » Journal of Human Lactation, 25(2), 2009

Pour en savoir plus :

http://www.nature.com/nrc/journal/v1/n2/fig_tab/nrc1101-142a_F3.html
http://www.canceropole-ge.org/cge/modules/cjaycontent/index.php?id=26
http://apogenix.com/pipeline/apg350/product-mode-of-action/
http://perezyvan.free.fr/biocellulaire/Pdf_en_ligne/L3_apoptose.pdf
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70495.htm

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